Campagne d'Earthdawn

2015

Bienvenue sur le site de la partie qui débutera d'ici peu.

Journal du groupe

Ses membres

Chapitre 1er

« Cette assemblée se nommera la Compagnie des Manticores. Ce blason d’une manticore sur notre tabard représente notre passé, notre présent et notre avenir, et sera connu à travers tout Barsaive comme celui de la Compagnie des Manticores. »

Après une pause, je repris : « Je me nomme Wilga Thorindor. Ce médaillon fait de cinq griffes de manticore, une pour chaque élément, représente ma loyauté envers cette assemblée ».

Briss s’avança d’un pas, tenant entre ses mains une cape faite de peau de lion, avec pour capuche la tête du dit félin. C’était un jeune troll un rien chatouilleux, propriétaire du Faucon, une petite nef volante offerte par le capitaine Artemus Dovinham. C’était à bord de son bateau que nous avions vaincu la manticore qui nous avait attaqués alors que nous venions de quitter Travar après avoir reçu notre mission.

« Je me nomme Briss. Cette cape en peau de représente ma loyauté envers cette assemblée ».

On l’avait appris rapidement : on respecte son vaisseau. La moindre griffe dedans, pouvait vous valoir un séjour par-dessus bord, attaché à une corde s’il était dans un beau jour. S’il était un virtuose dans l’art de piloter le Faucon, ses négociations se faisaient dans un langage plus simple, généralement à coups de baf’ta gueule, ou de hache. Il n’avait pas encore le niveau de certains : « on tabasse d’abord, on pose les questions en lisant les réponses dans les entrailles ensuite », mais il ne donnait nullement envie de rigoler quand il devenait brusquement sérieux. Néanmoins, il avait son petit côté artistique propre. En chanson, par exemple. Un jour où se joignant par la voix à mon art de gravure sur un manche d’épée, ses chansons paillardes guidèrent la gravure vers un résultat plutôt phallique. Je nommai par la suite cette épée « Soumission ».

« Je me nomme Moska Disloque Tout. Cette masse équipée de la boule à pointes de la queue d’une manticore représente ma loyauté envers cette assemblée ».

L’ork de notre groupe avait obtenu cette masse en équipant sa masse originelle du morceau de manticore qu’il avait récupéré lors du partage du « butin » sur le bateau. C’était la première fois que nous affrontions tous ensemble un ennemi commun et le combat en plein vol fut rude. Les diverses techniques utilisées s’avérèrent parfois étranges, mais leur combinaison nous assura la victoire sur le monstre ailé. Des liens forts avaient commencé à se tisser dès ce moment-là. De passage par Skavia, Moska avait demandé à un forgeron local de mettre la queue de la manticore sur sa masse. Le résultat fut baptisé « Reviens ». Probablement dû à l’intérêt trop évident que le forgeron marquait soudainement à sa création.

Outre la particularité de ne boire que de l’eau, Moska ne voyageait pas seul. Il était accompagné de son familier Zwet, un énorme dyre noir, qui en général servait à tirer la carriole dans laquelle nous transportions notre matériel. D’un naturel plutôt calme au premier abord, nous avions rapidement remarqué qu’il n’aimait pas être soulevé du sol. Mais Moska avait toujours le bon mot pour le calmer quand la situation se présentait. Souvent en bateau comme l’ascension était trop forte et que la carriole penchant en arrière faisait bras de levier.

« Je me nomme Bosco Br’Hakus. Cette griffe de manticore dans mon oreille représente ma loyauté envers cette assemblée. »

C’était un des derniers arrivés dans le groupe. Bosco était un homme de grande taille, à la peau sombre recouverte de deux grands tatouages dont un représentait un ours. Ses cheveux noirs retombaient en longues dreads , et quatre grandes traces de griffes barraient son torse. Il était un chasseur, et nous suivait depuis un moment car il s’était mis en tête de manger une T’skrang ishkarat de notre équipe, Lak’ko. On a eu du mal d’ailleurs à lui faire comprendre que les T’skrang, qu’importe leur apparence, n’étaient pas des animaux, mais des donneurs de noms. De par son attitude ainsi que de fausses accusations émises au sein de la ville de Kratas, Lak’ko s’était attirée des ennuis assez sérieux, ce qui permit à Bosco de lui subtiliser un morceau de queue, pour y goûter quand même un peu.

« Je me nomme Amras Ombre lune Sylandel. Cette écharpe à l’emblème de manticore représente ma loyauté envers cette assemblée.

Amras nous avait aussi rejoints récemment. Il s’agissait d’un grand elfe aux cheveux noirs et à l’air dépressif, originaire de Jerris. Il s’était mis au service de Briss pour l’aider dans ses recherches « peu fructueuses ». Il était accompagné d’un feu follet nommé Squirtz. Quand il avait tenté de nous expliquer ce qu’il était, à coup d’arbre qui est là, puis qui n’est plus là, Bosco en avait conclu qu’il était bucheron-jardinier. Une discussion plus élaborée nous permit de comprendre qu’il était en réalité illusionniste.

Quant à moi, je me nomme Wilga Thorindor. Je suis une naine élémentaliste issue du Royaume de Throal. J’ai quinze ans, mais je suis déjà adepte, suite à quelque chose qui m’est arrivée quand j’étais enfant. A la demande de mon mentor Dilraen, j’ai voyagé jusque Travar pour rejoindre Elenassi Le’guldur, un elfe élémentaliste. Cet elfe a formé notre équipe initiale et nous a donné comme mission de retrouver son disciple Thademrock, un nain élémentaliste, et son équipe formée d’une elfe originaire des bois de sang, Althéa Sombre-Rêve ; de T’Chuck  Norix, un humain esclave qui se promenait avec des chaines brisées et un collier assez remarquable, tout en s’exprimant principalement par borborygmes ; et Daroussac Denairastas, un humain originaire de la ville de Iopos et dont la famille dirige la ville d’une main de fer dans un gant de fer.

Son aventure - Année 1505 - Chapitre 1er

Nous avons quitté Travar avec comme objectif Kratas, dernier lieu où ce groupe avait été aperçu. Et après près de deux semaines de voyage, de visites de lieux divers, de rencontres plus ou moins (voire pas) agréables, et d’apprentissage divers, nous avons été encouragés – ici même à Kratas, la ville des voleurs - à faire une trame de groupe, afin de limiter le risque de "perte accidentelle" d'un membre du groupe, d’être plus soudés et aptes à bien mener notre mission.

Et donc, voilà. Désormais, nous avions un nom, quelque chose qui nous reliait, et nous donnait un but commun. Une chose aussi simple qu’un nom, déclaré de la bonne manière, allait créer une cohésion dans le groupe, et empêcherait désormais les actions volontairement néfastes les uns envers les autres.

Après la fin de cérémonie, nous prîmes tous repos. Le lendemain matin, avait lieu notre passage de deuxième cercle, où nous reçûmes une pierre de plus sur nos symbôles respectifs. Tandis que nous nous dirigions tous ensemble vers les portes de la ville, Aeral nous permit de lui poser de dernières questions. Briss lui demanda s’il pouvait faire un rappel des infos qu'Aeral avait données à Balthazar avant la « gaffe Lak’ko ». Aeral nous reparla du Jeu des Voleurs au cours duquel la compagnie que nous traquions s’était formée. Il nous dit ensuite que la compagnie avait fait route vers Iopos, annonçant qu’ils comptaient ensuite descendre vers le Sud, via Jerris pour ensuite aller vers Vivane. Aeral ajouta qu’il n’était cependant pas sûr qu’ils aient réellement été à Vivane.

A l’approche des écuries, Moska nous dit de rester en retrait, et nous expliqua qu’il allait présenter Bosco à Zwet. Il n’était pas très sûr que son familier apprécie l’aura de chasseur qui se dégageait de l’homme tatoué, et préférait être présent pour le rassurer et que tout se passe bien. Nous vîmes Bosco et Moska passer le coin de l’écurie. Nous restâmes en arrière pendant que l’homme et Zwet faisaient ami-ami. Peu de temps après, nous vîmes Bosco voler en l’air. Ils avaient l’air de bien s’amuser. Moska nous expliqua par la suite que Bosco avait fait bouillir son sang tandis que lui-même calmait Zwet qui conservait une position défensive. Moska conseilla à Bosco de garder ses distances.

Et c’est en ce 26ème jour du mois de Rua que nous priment le départ de la charmante ville de Kratas dans une carriole offerte par Aeral, et attelée à Zwet. Amras, lui, voyageait à dos de poney. Vu sa grande taille, je trouvai étrange qu’il n’ait pas opté pour une monture plus grande. Peut-être se rassurait-il à l’idée de pouvoir avoir un contact rapide de ses pieds avec le sol.

Après une heure de marche, nous nous arrêtâmes. Bosco fit un feu et se jeta dedans. Je l’y accompagnai ; cela faisait un moment que je n’avais pas pu récupérer un peu à la chaleur des flammes. Pendant ce temps, les autres discutèrent de cartes et de voies à suivre, et Amras commença à recoudre le tabard de Bosco, abîmé lors de sa première rencontre amicale avec Zwet. Il fut décidé qu’on voyagerait vers le Nord / Nord-Ouest. Avant d’arriver à Eidolon, on tournerait vers l’Ouest en gardant Ishkarat à l’Ouest – on n’était pas sûr d’y être les bienvenus après ce qui était arrivé à Lak’ko – et en restant assez loin des vues du Bois de Sang. Mais dans un premier temps, il nous fallait récupérer notre bateau. Il fallait compter une journée de voyage, en faisant bien attention d’éviter les bosquets.

Mais bien qu’on eut tout fait pour ne pas se retrouver dans le bosquet où on avait croisé l’illusionniste à l’aller, on finit par se retrouver dans un bois, accueillis par un « Bien le bonjour, ça faisait longtemps ». Au même moment, un chêne centenaire de six mètres de diamètre vint se placer devant Zwet pour l’empêcher d’avancer. Un petit panier en descendit. Pendant qu’Amras tentait de vérifier s’il s’agissait d’un véritable arbre (la fibre « bucheron/jardinier » probablement), Bosco prit le panier et s’assit dessus dans un grand SBROTCH ! Quand il se releva, le panier reprit sa forme initiale et se mit à flotter devant nous. Une énorme araignée d’un mètre de diamètre descendit également de l’arbre.

Ni une ni deux, Bosco se prépara à s’expliquer entre dix yeux avec la créature. Amras tenta de vérifier s’il s’agissait également d’une illusion et pour être certain de réussir, il abaissa sa propre défense magique. Malgré cela, il n’eut pas beaucoup de succès : tout ce qu’il put apercevoir fut sa robe, son feu follet, et les trois autres membres de son équipe.

Nous par contre, nous découvrîmes en lieu et place d’Amras une énorme fourmi géante. Je décidai de regarder dans le plan astral ce qui pouvait bien se passer. Comme c’était l’un de mes premiers essais, ma tentative ne me permit pas de distinguer quoi que ce soit concernant l’arbre ou l’araignée géante. Par contre, j’ai nettement vu Amras ; il faut dire qu’il brillait de façon presque aveuglante dans ce plan un peu sombre et trouble. Probablement dû au fait que sa défense magique était au plus bas. Notre adversaire illusionniste aurait-il utilisé cette faille ?

Au final, nous acceptâmes de payer 15 pièces d’argent pour le droit de passage. Amras reprit sa forme aux yeux de tous, l’arbre reprit sa position et l’araignée disparut. Quand la carriole se remit en marche, nous jetâmes un regard en arrière et découvrîmes que nos traces disparaissaient au fur et à mesure. Du petit bois monta un « Bonne journée ! ».

La nuit était tombée depuis une heure quand on aperçut la ville de Daiche au loin. Il y avait deux caravanes stationnées autour de deux grands feux de bois, et l’on distinguait la palissade de l’auberge. Vers 23 heures, nous atteignîmes la ville. Un garde appuyé sur une baliste nous annonça qu’il ne laisserait entrer personne à cette heure tardive à moins qu’on ait une très bonne raison. A la mention du nom Rak’ham, le capitaine T’skrang, nous nous retrouvâmes Briss et Moska visés par la baliste, Bosco visé par les archers, et Amras et moi visés par un canon. Une flèche enflammée atterrit au milieu de nous et nous comprîmes que son but était seulement de nous éclairer pour permettre aux gardes de bien voir si on réussissait notre rituel artistique.

A nouveau, je fis une gravure sur une de mes lames. Bosco fut très artistique aussi : il fit un maquillage tribal à Briss, les peintures de guerre rappelant le visage d’une manticore. Il ajouta le manteau et la capuche en tête de lion et le tour était joué. Les autres réussirent également leur épreuve ; les gardes se calmèrent.
Rak’ham ne tarda pas à arriver à nous, en tenue assez débraillée, et demanda « où est la bonnasse ? ». Les plus anciens de notre groupe qui étaient passés par Daiche il y avait un peu moins de deux semaines comprirent qu’il parlait de Lak’ko. Nous lui répondirent sans mentir qu’elle avait eu un empêchement et ne pouvait pas être présente ce soir, à son grand regret.

Rak’ham nous invita chez lui pour prendre un verre. Sa maison était cossue, mais assez sympa. Le salon était relativement petit, mais il y avait des bijoux et pierres précieuses un peu partout au niveau de la décoration. Assez sympa. Rak’ham s’installa, et déroula sa queue sur le dossier de son siège. Il ne remarqua pas que Bosco bavait littéralement devant lui. Quand Rak’ham reparla de Lak’ko, Bosco répondit spontanément qu’elle n’avait pas bon goût. Le capitaine tourna un regard surpris vers Bosco et nous nous empressâmes d’ajouter « en vêtements !!! ». Au regard soupçonneux que Rak’ham nous lança, nous expliquâmes sans mentir que Lak’ko était repartie dans sa famille et que les propos bizarres de Bosco étaient probablement liés à sa consommation d’alcool.

Suite à ces mots, quatre verres de vins (et une eau pour Moska) nous furent servis. Bosco sortit un bout du steak de Lak’ko et se mit à le déguster, les yeux fixés intensément sur Rak’ham, un sourire aux lèvres. Le capitaine ne reconnut pas l’odeur du steak – probablement dû à l’odeur putride de sa décomposition avancée – et ordonna de dégager « ça », nous faisant apporter des steaks de thon épicés à la place. Ces mets me rappelèrent Lak’ko et le premier repas qu’elle nous avait invités à prendre avec elle à Travar avant notre départ en mission. A l’époque, elle voulait que je mémorise ses plats favoris pour être capable de les refaire lors de notre mission. Au cours du repas, nous apprîmes les dernières nouvelles, à savoir qu’il y avait des écorcheurs qui essayaient de racketter la ville « en échange de leur protection », et que deux caravanes se trouvaient près de l’auberge.

Rak’ham nous demanda où était Balthazar, l’étrange et mystérieux elfe voleur qui voyageait avec nous précédemment. Nous répondîmes qu’il était demeuré à Kratas. Il nous dit qu’il y avait une rumeur selon laquelle il serait mort. Nous lui répondîmes sans mentir qu’aucun de nous ne l’avait vu mort en tout cas.

Passé un moment, Rak’ham nous pria de prendre congé. Peut-être était-il mal à l’aise face au regard très appuyé de Bosco, mais dans ce cas, il est fort possible que son imagination l’ait emmené relativement loin de la réalité, ou Bosco aurait probablement eu de sérieux ennuis. La queue de Rak’ham n’était d’ailleurs plus étalée nonchalamment comme plus tôt, mais rassemblée sous lui, pointe entre ses pieds. Je me demande quel est le langage du corps chez les T’skrangs.

Nous sortîmes pour aller à l’auberge du Griffon Abyssin. Le trajet se passa dans le calme, si ce n’est à quelques reprises Zwet qui marcha sur le pied de Bosco. Ils avaient l’air de devenir complices, ces deux-là.

Quand nous entrâmes dans l’auberge, vu l’heure plus que tardive, les tables avaient déjà été remontées grâce aux cordes. L’ork au bar reconnut notre groupe et constata qu’il y avait des manquants. Il reconnut aussi Amras, et eut l’air de simplement considérer Bosco comme un animal sauvage.

Bosco, quant à lui, se fit draguer par une des femmes jaunes aux yeux bridés et aux longs ongles noirs qui travaillait à l’auberge. Briss donna à l’homme sombre quatre pièces d’or, et des conseils tels que « Tu ne mords pas la dame. Tu ne tues pas la dame. Tu te laves ». Bosco avait l’air septique quant à l’utilité de ces petits ronds jaunes, mais Briss lui assura qu’il comprendrait rapidement.

Amras et moi décidâmes de partager une chambre pour avoir l’occasion de discuter de magie sans provoquer de migraines chez les autres membres du groupe.
Dans la salle principale de l’auberge, nous nous installâmes dans une alcôve. Je commandai une bière rubiconde, mais on m’apporta une petite choppe en métal ronde avec un petit mot.

« Pour de la pisse de chat, c’est dans la grande salle. Pour de la vraie bière, c’est en cuisine ».

Je pris congé de mes compagnons et me dirigeai vers le bar. L’ork me laissa passer en bougeant la petite porte sur le côté du comptoir tout en regardant ailleurs, occupé à nettoyer toujours le même verre. A un moment, le niveau de propreté du dit verre du atteindre une qualité de miroir, car au moment où j’entrais dans la cuisine, j’entendis l’ork émettre un hurlement bref.

Dans la cuisine, je retrouvai le nain Raegar rencontré lors de notre précédent passage à Daiche près de deux semaines auparavant, et avec qui la dégustation de la vraie bière locale et les discussions élaborées reprirent. Chose intéressante, au fur et à mesure que je buvais, je me souvenais des éléments sombres et flous de notre dernière conversation dans la cuisine. L’alcool ravivait les souvenirs ; et déliait les langues aussi. Je pense avoir parlé à Raegar du sort funeste qui était arrivé à Lak’ko et Balthazar lors du séjour à Kratas, ainsi que de notre mésaventure au bosquet de l’illusionniste. En contrepartie, il me demanda s’il y avait des choses que je désirais savoir. Nous discutâmes de ma disparition quand j’étais petite. J’appris que j’avais disparu pendant cinq mois, malgré les recherches faites de manière générale. Un appel à la couronne avait même était fait pour avoir de l’aide, mais n’avait nullement permis de me retrouver. Et un beau jour, après cinq mois d’absence, j’étais réapparue l’air de rien. Cela avait du lever une série d’alertes car on m’avait fait passer une batterie de tests. Mais rien de mauvais n’avait semblé en découler.

J’appris que Raegar était un porteur de lumière, et assurait la défense de Barsaive. Tâche qui n’était pas de tout repos si l’on en croyait ses blessures de guerres, un bras droit brûlé à l’acide, et une jambe gauche en métal. Il m’expliqua que le moment venu, sa flamme passera au prochain porteur de lumière. La discussion s’éternisa tellement que je ne me sentis pas la force de regagner ma chambre et dormis une fois de plus sur la paillasse dans un coin de la cuisine. Je pense que la prochaine fois, pas la peine de se tracasser pour une chambre, je demanderai directement à dormir là.

Au petit matin, nous découvrîmes tous Bosco avec un grand sourire sur le visage. Il avait apparemment mieux compris l’utilité de ces petits ronds jaunes. Il annonça qu’il voulait faire un journal de voyage comme je faisais au sujet des bières, mais pour un autre domaine. Il précisa que les chèvres n’étaient plus qu’à trois sur son échelle d’appréciation.

Moska se fit servir son steak à la carriole et nous prîmes un petit déjeuner (un second pour certains) dans la grande salle. Nous quittâmes ensuite l’auberge en direction du bateau. Rien d’inhabituel ne se produisit sur le chemin. Nous arrivâmes près d’un garde T’skrang assis nonchalamment ; il tenait un arc avec ses pieds, tout en tirant la corde avec ses mains. L’arc devait faire pas loin d’un mètre nonante et arborait une marque rouge. Le garde nous demanda notre identité. Briss répondit qu’il était le propriétaire du bateau « le Faucon ». Le garde relâcha la tension de l’arc et nous dit que le bateau avait été réparé, les traces de griffes de manticore n’y étaient plus. Briss lui donna cinq pièces d’argent.

Nous prîmes notre envol à bord du Faucon. Briss expliqua à Bosco de bien suivre ses indications et de tenir le nœud dans les cordes. Le bateau décolla rapidement. La carriole bougea mais comme elle était plus légère que la précédente, Zwet ne fut pas soulevé, et donc pas inquiété. Le bateau atteignit une altitude de cinq cent mètres et s’y maintint pendant vingt minutes. Il faisait relativement froid. Quand on atteignit mille mètres, Briss se plaça derrière Bosco et corrigea ses erreurs pendant qu’il naviguait. Briss avait choisi cette haute altitude afin d’avoir de la marge de manœuvre pour corriger une éventuelle erreur grave de navigation de la part de Bosco. Ce dernier avait l’air de s’en sortir, mais il choisit de descendre l’altitude vers sept cent mètres pour qu’il fasse un peu moins froid. Bosco déclara qu’il trouvait la navigation sympa, mais qu’il préférait néanmoins la chasse. Il alla donc dormir, mais nous dit qu’il était prêt à intervenir en cas de besoin.

Le vol continua. En prenant les bons courants, Briss nous faisait parcourir en une heure l’équivalent de trois jours de marche. Cela nous permit d’éviter Ishkarat. On fit un passage au-dessus du fleuve Serpent qui est généralement une plaie pour les navigateurs du aux forts courants qu’il provoque. Pour naviguer du Nord vers le Sud, c’est facile ; dans l’autre sens, on peut toujours s’asseoir sur une flèche et tourner très vite sur soi-même.

Au bout de quelques heures, nous décidâmes de faire une pause pour la nuit. Briss fit descendre le bateau à quinze mètres du sol. Bosco sauta en bas avec une corde. Il décida d’examiner les alentours, histoire de voir « s’il n’y avait pas TROP de machins à chasser ». Mais les seules « grosses bébêtes » qu’il repéra furent des traces de cervidés, ainsi qu’un ours qui était passé par là il y avait un jour ou deux. Nous décidâmes que nous pouvions nous poser là.

Bosco et Moska décidèrent de partir à la chasse ; Moska pour poser des collets à chevreuils, Bosco pour chasser un ours. Quand ils s’éloignèrent de nous, nous vîmes que Bosco et Zwet faisaient la course. Décidément, ces deux-là étaient en train de devenir de véritables amis. De temps en temps Zwet donnait peut-être un coup de tête accidentel, mais Bosco arrivait à sauter pour éviter les cornes. Rien de grave, donc.

Quand ils revinrent plus tard, Zwet tirait derrière lui un ours mort avec un trou dans la nuque. Il y eut quelques tentatives pour trouver comment cuisiner la viande d’ours, mais après une série d’échecs consécutifs de la part d’Amras, Briss et moi, je décidai de servir un festin végétal, pour l’équivalent de quinze personnes. La boisson que je choisis fut une variante verte de bière. Pour tout le monde. Sauf Moska qui eut son eau plus classique. Briss me donna les griffes et les dents de l’ours, au cas où je voudrais « faire des machins de gravures dessus ».

Bien que la plupart d’entre nous aient le sommeil léger, et un faible besoin de repos, nous décidâmes entre nous de la répartition des tours de gardes. Lors de la première partie, il n’y eut rien à signaler hormis le concours de ronflements entre Bosco et Zwet qui dura jusqu’à ce Bosco, qui avait roulé dans son sommeil, fut renvoyé à sa place d’origine par un coup de pied énergique de Zwet. A nouveau, quelle complicité entre ces deux-là !

Pour la deuxième partie, Amras avait au préalable proposé qu’on monte la garde ensemble. Le tour de garde fut l’occasion de discussions d’ordre magique entre nous. Je tentai de lui expliquer que la magie de l’illusion qu’il me présentait différait grandement de la véritable magie. En effet, il est facile de créer l’illusion d’une chopine de bière, c’est un simple jeu de lumière que l’esprit de la personne en face doit accepter. Par contre, soulever une véritable chopine de bière avec sa pensée, nécessitait une sorte de levier qui, sans entrainement préalable, risquait de faire sortir le cerveau de l’utilisateur par ses oreilles. Je ne suis pas sure qu’il ait bien compris mon explication.

Le troisième tour de garde était pour Moska et Zwet. Ca ronflait moins, du coup. Moska alla vérifier ses collets et constata qu’il avait choppé un chevreuil. En dehors de ça, autour de nous, c’était calme... Beaucoup trop calme...

Initialement, je me souvins de la dernière fois où ça avait été calme à ce point : un peu avant que la manticore ne nous attaque en plein air. Mais ici, apparemment, c’était la seule présence de chasseur de Bosco qui calmait grandement tous les autres animaux. Je profitai du calme pour lire « Le Livre de Demain ».

Avant l’aube, il y eut le quatrième tour de garde. Moska alluma un grand feu, et signifia ensuite à Bosco que c’était prêt. Bosco ne manifesta aucune réaction, et il n’y eut aucune variation dans ses ronflements. Zwet l’aida amicalement à se réveiller, avec un coup de corne dans le bide, avant de s’en aller tranquillement. Bosco vint auprès de Moska et lui dit « Je t’aime bien. C’est pour ça que je ne vais pas le tuer ».

Je ne suis pas experte dans le langage des animaux, mais dans le regard de Zwet, on aurait presque pu lire : « Essaye. Croquette. »

De mon côté, je fis mon petit rituel karmique, une nouvelle gravure dans une de mes lames, et je rejoignis Bosco dans le feu. Pendant ce temps, Moska eut une discussion avec Zwet à l’issue de laquelle Zwet accepta de ne plus taper Bosco. Peu de temps après, en ouvrant les yeux, Bosco aperçut une énorme bouse à côté de son feu.

Après être sortie du feu, je préparai un festin végétal pour tout le monde. Au menu, de la bière tiède, des œufs et du bacon. Grace au feu follet d’Amras, tout fut rapidement rangé ;  y compris dans le bateau, ce qui permit un gain de place d’une vingtaine de pourcents.

Bosco nous demanda nos fonctions. On tenta de lui expliquer mais il arriva à la conclusion que j’étais responsable de la cuisine tandis qu’Amras était en charge de la couture. Vers neuf heures du matin, Briss fit descendre le bateau pour permettre à Zwet de remonter dedans, et nous nous élevâmes à nouveau. Bosco reçut un nouveau cours de navigation de la part de Briss.

Au cours du vol, nous passâmes non loin du Bois de Sang avec ses chênes millénaires. Qui avaient l’air de bouger.

Probablement un effet d’optique.

En fin d’après-midi, je donnai l’alerte « derrière, à droite ! ». En effet, un autre bateau volant nous suivait. Nous estimâmes l’impact à quinze minutes. La grande arbalète fut préparée et le bateau accéléra. Amras et moi préparâmes nos sorts. Moska aida à la navigation. L’autre bateau accéléra par bonds à coups de rames. Sur sa voile, on pouvait voir deux énormes zébrures grises peintes dessus. Je finis par aider également à la navigation, en tendant des câbles. Même Zwet se retrouva à tenir des cordes entre ses dents. Le bateau fit un piqué rapide pour échapper à nos poursuivants. Le poney d’Amras paniqua. Zwet pas, étonnamment. Mais bon, il était occupé aussi avec les cordes, il ne pouvait peut-être pas comprendre deux situations en même temps.

Moska s’approcha du poney et lui parla à l’oreille en langage animal tenter de le rassurer. L’Ork qui Murmure à l’Oreille des Poneys finit par y arriver à coups de renfort de nourriture.

Le bateau qui nous poursuivait n’avait pas effectué la même manœuvre que nous, restant en altitude. Il finit par se retrouver au-dessus de nous. Quatre masses en tombèrent, planant pour finalement atterrir sur notre deck. Les nouveaux venus tenaient une grosse épée à deux mains, dans une seule main ; l’autre tenant un crochet qu’ils fixèrent au bateau. Leurs tenues étaient assez carrées, un peu similaire à la mienne. Ils avaient aussi au bras une targe, sorte de petite bouclier en bois, décoré de griffes en pierre. Celui qui avait le plus de cicatrices, le chef probablement, nous adressa ses sentiments distingués au moyen d’un « Bonjour. Taxe ! »

Il nous expliqua ensuite que son nom était Skurge et qu’il voulait qu’on mette nos mains sur le bastingage pendant qu’un autre troll conduirait le bateau. Je remarquai que nos assaillants avaient une ou deux pierres semi-précieuses incrustées dans des broches en forme de nuage zébré d’un éclair en argent. Je compris que trois d’entre eux étaient du cinquième cercle, tandis que Skurge était du sixième cercle.. Notre bateau fut amarré au drakkar de Skurge, et toutes les rames du drakkar, hormis les quatre des actuels « invités » du faucon, se mirent en marche. Le drakkar remorqua le Faucon pendant une trentaine de minutes.

Wilga Thorindor.

Chapitre 2

Vingt–huitième Jour du Mois de Rua, en pleine après–midi.

Arrivés en vue des contreforts des Monts Scol, le « Faucon des Brumes » était toujours remorqué par le drakkar à rames de Skurge en direction de la Motte des Griffes de Pierre. La Compagnie à cet instant était considérée ni plus ni moins qu’une « taxe ».
Le remorquage s’égrena encore sur une période d’une demi–heure, au gré des vents, Skurge redoublant d’ingéniosité pour nous faire perdre nos repères.
La Motte des Griffes de Pierre était en réalité établie au Nord des Monts Scol. Les habitations étaient des mottes de terre ; les plus grandes mottes pouvaient atteindre sept à huit mètres de hauteur.

Une fois atterris, Skurge nous ordonna de laisser nos effets personnels à bord du « Faucon des Brumes ». Contrairement à nos appréhensions légitimes, les Trolls ne se montrèrent pas vindicatifs à notre égard. Certains nous saluèrent même. Côté vestimentaire, les Trolls de cette Motte étaient habillés de tenues carrées à la mode naine, un peu inadéquate à leur singulière morphologie. Skurge nous invita à entrer dans une Motte beaucoup plus impressionnante que les autres habitations. Cette Motte comptait sept mètres de hauteur pour une trentaine de mètres de largeur. Skurge s’empressa d’avertir Moska Disloque–Tout que l’usage de toute arme à l’intérieur de ce bâtiment serait néfaste.

Deux escaliers latéraux à flanc de mur s’élançaient vers un premier étage. Du premier étage, un autre escalier montait vers deux autres étages supérieurs. Au troisième étage, une table en forme de « U » était installée au centre d’une salle d’une quinzaine de mètres de diamètre. Quinze Trolls de sexe masculin et féminin y étaient attablés. Un Troll plus corpulent, vêtu tout de cuir et arborant fièrement une broche de navigateur aérien, était assis au milieu de l’assemblée. Cinq chaises avaient été disposées à quelques mètres de ladite table en forme de « U ». L’assemblée nous scrutait du regard.

Skram, le chef de la Motte des Griffes de Pierre, nous jaugea. Chacun d’entre nous dut se présenter à son tour pour finalement être affublé du sobriquet de « newot » ou « esclave » en langue trolle. Skram nous exprima son marché de dupe : acheter notre honneur pour pouvoir repartir. Les interrogations légitimes foisonnaient dans nos esprits, sans pour autant qu’une réponse satisfaisante n’y soit apportée.
Une place fut aménagée pour nous avec cinq couches de paille posées à même le sol et un baquet d’eau. Une trentaine de Trolls s’affairaient à leurs tâches hebdomadaires et nous ignoraient superbement. Nous trouvâmes aussi des vêtements spartiates, en lin blanc, des habits simples de « newot ». Les Trolls nous firent comprendre de les passer tandis que nos oripeaux personnels seraient ramenés à bord du « Faucon des Brumes ».

Interloqué, Bosco Br’Hakus regagna le troisième étage. Il demanda audience à Skram. Bosco Br’Hakus voulait comprendre ce qui se passait. Skram lui demanda de lui rapporter une chope de bière. Sans trop savoir pourquoi, Bosco Br’Hakus redescendit en cuisine. Wylga Thorindor, au passage, le héla de lui rapporter aussi une chopine. En cuisine, la Trolle lui ordonna de porter ses vêtements de « newot ». Bosco Br’Hakus remonta dans les escaliers, tout en se désapant. La scène heurta les Trolls présents aux alentours qui grincèrent des dents pour contenir leur colère. Une fois revêtu des habits conventionnels, Bosco Br’Hakus réapparut devant la même Trolle en cuisine. Irrité de ce va–et–vient burlesque, Briss emporta la chope de bière pour Skram et encouragea Bosco Br’Hakus à servir sa chopine de bière à Wylga Thorindor qui curieusement dégusta de l’eau de source. Briss monta sa chope de bière à Skram. Avec le recul, ne venait–il pas d’effectuer sa première tâche de « newot » ?

Une heure s’était écoulée. Clark vint nous chercher. Il nous désigna de gros plateaux garnis de viandes rouges, de champignons et de racines au fumet appréciable. Clark nous somma d’assurer le premier service. C’est ainsi que Wylga Thorindor servit la bière dans les chopes personnelles des Trolls de la Motte, une véritable bière naine de Throal je vous prie.
Amras « Ombre–Lune » Silándel fut affecté à la distribution des pains. Moska Disloque–Tout était à la découpe de la viande. Bosco Br’Hakus servait les alléchants plats de viande et n’hésitait pas à grignoter un morceau de viande juteuse tombé à terre avec la complaisance d’un convive. Briss, quant à lui, véhiculait la grosse marmite de soupe dans laquelle les invités se servaient pas toujours proprement (il semblerait que la louche a tendance à éclabousser).
L’organisation de la salle était minutieuse et harmonieuse. Les Trolls discutaient entre eux sans haussement de voix ni débordements. Dans ses multiples déplacements, Amras « Ombre–Lune » Silándel distingua une chaise vide, une espèce de chaise d’enfant en comparaison des chaises trolles, à côté de Skram, le chef de la Motte des Griffes de Pierre. Attendait–il un hôte supplémentaire ?

Au terme du premier service, nous pûmes nous restaurer, avant de reprendre les second et troisième services à la même cadence.
Vers minuit, les tables extérieures qui formaient la forme en « U » furent reculées contre les murs. Seule la table où Skram était installé demeura au centre de la pièce. Plusieurs Trolls avec des instruments de musique hétéroclites s’installèrent puis entonnèrent une douce mélodie mélancolique. Tous écoutaient sans broncher. La musique finit bientôt par s’adoucir et stopper net. Presque inconsciemment, bercés par le récital, nous nous étions retrouvés au milieu de la salle, acculés entre la table et une soixantaine de Trolls en demi–cercle autour de nous.

À notre étonnement, un Humain se tenait appuyé sur la chaise à côté de Skram. Briss reconnut Artemus Dovinham, le capitaine qui lui avait offert le « Faucon des Brumes ». L’humain entre deux âges, à la peau tannée par le soleil et à la tenue recouverte de patches de cuir, sirotait nonchalamment une coupe de vin. Nous fûmes encore présentés comme des « newot », à l’instar que des explications plus probantes allaient nous être fournies.

La « Compagnie des Manticores » devait s’acquitter de la dette de Briss. Briss n’avait jamais été baptisé. Briss n’arborait aucun nom complet. Ainsi, Artemus Dovinham nous défiait jusqu’au zénith (midi) le lendemain de disposer d’un nom complet décrivant son Honneur, sa Famille, sa Motte ainsi que sa Race. Briss devait choisir parmi nous un membre de la « Compagnie des Manticores » qui, selon lui, pouvait l’aider à passer chaque épreuve en relation avec son Honneur, sa Famille, sa Motte ainsi que sa Race. Nous apprîmes aussi que Briss s’était enfoui de sa Motte d’origine pour une profonde divergence d’opinion entre créatures d’honneur. En aparté, Artemus Dovinham transmit à Moska Disloque–Tout une missive de sa maman qui le sermonnait de ne pas lui donner de nouvelles. Moska Disloque–Tout fit la promesse de lui écrire. Artemus Dovinham remit à Moska Disloque–Tout un gros pot d’épices.

Vers une heure du matin, tandis que certains ronflaient du sommeil du juste, Briss décida de se nommer « Briss Tranche–Tête » …

Vingt–neuvième Jour du Mois de Rua, au petit matin.

Après le petit déjeuner, étrangement, la Motte des Griffes de Pierre nous laissa tranquille.
Vers midi, nous fûmes conviés pour la cérémonie solennelle, sur une petite place, encadrés par les quatre–cents Trolls de la Motte.
Skram avait les bras croisés. Briss lui faisait face.

Wylga Thorindor avait été désignée pour représenter son Honneur, Bosco Br’Hakus sa Race, Moska Disloque–Tout sa Famille et Amras « Ombre–Lune » Silándel sa Motte.
Skram prit note de ses décisions. Il acquiesça et déclara que Briss disposait d’un délai s’étalant jusqu’au coucher du soleil pour prouver qu’il était un véritable Troll et ce, en compagnie des « représentants » de son Honneur, de sa Famille, de sa Motte ainsi que de sa Race. À ces fins, Skurge grimperait à bord du « Faucon des Brumes » et servirait de témoin.
Galvanisé par ce défi, Briss fit décoller le « Faucon des Brumes » avec l’appui des membres de la « Compagnie des Manticores ».

Skurge n’était–il là que pour nous jauger ? À un moment, le Troll figea un poignard dans la coque de la nef volante. Bosco Br’Hakus lui fit remarquer que son geste détériorait le bateau de Briss, manière qui, à la longue, risquerait d’attiser des représailles de sa part. Skurge parut s’en moquer ouvertement. Le poignard, une fois repris, partit se figer dans la même entaille. Bosco Br’Hakus, d’une rage exacerbée, sauta sur Skurge. Le Troll esquiva aisément l’offensive de Bosco Br’Hakus. Le chasseur se retrouva pendu tel un vulgaire pantin dans les airs. Briss gueula ouvertement, arguant qu’il avait d’autres préoccupations que des querelles infantiles. Skurge conclut l’incident d’un sourire goguenard.

Le « Faucon des Brumes » survolait une zone sans intérêt depuis une interminable demi–heure quand une colonne de fumée fut repérée. Plus le bateau s’approchait, plus une épaisse fumée se dégageait de quelque chose en train de brûler. Il s’agissait en fait d’un village composé de quinze maisons en bois. Deux d’entre elles souffraient encore d’un violent incendie.

Comme à son habitude, Bosco se laissa submerger par son instinct et sauta du "Faucon des Brumes" avant même que ce dernier n'ait eu le temps de se poser. Une chute d'une 15aine de mètres le séparait du sol.

Si le massacre était dû à l'une ou l'autre bestiole, il était hors de question qu'il manque l'occasion de pouvoir la chasser.

Les portes des maisons avaient été explosées avec rage. Des cadavres de vieillards humains, nains et trolls gisaient à l’intérieur de ces masures. Ils avaient été brûlés à vif. Bosco Br’Hakus dénota que ce ne pouvait pas être l’œuvre d’Écorcheurs Orks.

De son côté, Amras « Ombre–Lune » Silándel fouillait le village à la recherche d’indices susceptibles d’expliquer ce carnage. L’Elfe remarqua que les vieillards, les infirmes ainsi que deux nourrissons (un Ork et un Nain) avaient été massacrés. Il décela aussi énormément de traces de pas se dirigeant vers la grande rue du village. Les autres constatèrent que toutes les valeurs n’avaient pas été dérobées, ni que la nourriture et les grains n’avaient été emportés.
Amras « Ombre–Lune » Silándel poursuivait ses investigations sur base des indices réunis. Il en vint à la conclusion que les habitants avaient été chargés dans un convoi de charriots. Il ne pouvait s’agir que d’esclavagistes.

Sans attendre, Bosco Br’Hakus se lança sur la piste laissée par les sabots des chevaux. Skurge se proposa de jeter un œil sur le « Faucon des Brumes ». Moska Disloque–Tout, Wylga Thorindor et Briss s’élancèrent à brides battues sur le dos de Zwet. Amras « Ombre–Lune » Silándel chevauchait sur son poney en compagnie de Squirtz.
Au bout d’une course effrénée de deux heures et demi, nous repérâmes un convoi de trois charriots entourés d’esclavagistes à pied et à cheval, parmi lesquels on pouvait dénombrer des Humains, des Trolls et des Orks. Le convoi longeait le Bois de Sang sur une piste de passage en pleine savane arborée. La végétation était âgée à peine d’une quarantaine d’années.

Là, de lentes et ennuyantes "discussions tactiques" commencèrent entre les différents membres du groupe jusqu'à ce que Moska et Bosco décidèrent d'imposer la leur... Foncer dans le tas !

L’effet de surprise était total. Nous galopâmes à l’assaut des esclavagistes.

Bosco accéléra, tentant de gagner du terrain sur Zwet, et se dirigera vers la droite en sommant les autres de lui laisser ce côté.
C'était sans compter sur son "ami de toujours", Zwet, qui, d'un coup de corne bien placé, remballa Bosco vers... la gauche...

Au final, la juste répartition des assaillants se fit... Bosco seul sur la gauche, marmonnant quelque chose du genre "Saleté de bestiole", et le reste du groupe, sur la droite.

Amras « Ombre–Lune » Silándel donna le ton : d’un véritable Éclair Éphémère, il blessa grièvement un Ork en queue du convoi ; d’un Éclair Éphémère illusoire, il tétanisa un Humain sur place, le plongeant dans un état inconscient immédiat.

Le corps à corps s’amorça finalement. Briss sauta du dos de Zwet et attérir devant un Troll qu'il décapita d'un coup d'épée. Bosco Br’Hakus usa de sa dextérité de chasseur : il arracha l’omoplate d’un Ork. L’Ork hurla de douleur et, pissant le sang, s’écroula sur le sol à l’état de cadavre. La Dyre Zwet encorna un Humain en une charpie sanguinolente tandis que Moska Disloque–Tout éventrait un malheureux Ork au passage. Wylga Thorindor dégomma d’une Lance de Glace un Humain qui avait commis l’imprudence de s’emparer d’une arbalète. D’autres Humains, de leur arbalète, tentèrent de riposter. En vain. Amras « Ombre–Lune » Silándel usa de Voix Invisibles, dans l’espoir de déconcentrer les esclavagistes, alors que Bosco Br’Hakus frappait un autre Troll et que Briss massacrait un troisième Troll sur place. À cet instant, il y eut un mouvement désordonné : Zwet et Moska Disloque–Tout loupèrent leurs cibles ; l’un des Humains manqua Moska Disloque–Tout et son familier du carreau de son arbalète. L’autre Humain blessa tout de même Wylga Thorindor. Les esclavagistes essayèrent de contre–attaquer sans grande conviction. Un Humain tomba sous une nouvelle offensive de Briss. Un second râle retentit dans les rangs des esclavagistes : un Humain lâcha son arbalète, avant de s’écraser sur le sol, touché de plein fouet par un sort lancé avec succès par Amras « Ombre–Lune » Silándel. Bosco Br’Hakus mutila encore un Troll ; Zwet piétinait un autre Troll, alors que Moska Disloque–Tout en perdait sa masse. Wylga Thorindor s’intéressait à l’Humain qui l’avait blessée du carreau de son arbalète et elle le pulvérisait d’une Lance de Glace.

Dans l’entrefaite, une ombre sournoise se faufilait par une trappe en–dessous du troisième et sautait sur un tapis volant, bien décidée à s’enfouir sans demander son reste.
Quatre Humains s’apprêtaient à harceler Amras « Ombre–Lune » Silándel qui, malgré le Bouclier de Brume engendré par Squirtz, étaient dans une position précaire. Briss sauta dans la direction d’Amras « Ombre–Lune » Silándel et extermina l’un des Humains complètement pris au dépourvu par une attaque dans son dos. Amras « Ombre–Lune » Silándel poussa son poney à pourchasser l’ombre sur son tapis volant. Les Humains frappèrent le flanc du poney qui se vautra dans la rocaille. L’Elfe parvint à se rétablir mais son sort se figea à côté de sa cible, assurant une fuite inespérée à ce « commanditaire » peureux.
Bosco Br’Hakus terrassa de nouveau un Humain et Zwet piétinait allègrement un Troll déjà à terre. Briss éliminait encore un Humain. Un sort d’Éclair Éphémère ricochait sur le bouclier d’un des Humains et venait frapper Squirtz en pleine face. Le Feu Follet virevoltait au sol, inconscient. Trois autres Humains tombaient sous les coups successifs de Bosco Br’Hakus, de Moska Disloque–Tout et de Briss.

Hanté par ses sanguinolentes habitudes, et face à l'entêtement de ces adversaires qui semblaient ne pas comprendre ce que "Lâchez vos armes et rendez vous" voulait dire, Bosco Br’Hakus décida de bouffer le cœur d’un des Humains. Horrifié par cette barbarie, un Troll intervint et frappa Bosco Br’Hakus, qui, en retour, lui arracha le cœur avant de le déguster...

Moska Disloque–Tout chargeait encore un ennemi, jouant au polo avec un Ork, de sorte que son tronc fut propulsé au loin d’un coup de masse. Wylga Thorindor, lassée de son sort de Lance de Glace, avait opté pour une attaque plus pernicieuse. Elle psalmodiait l’apparition d’une araignée venimeuse à laquelle elle ordonna d’empoisonner un Humain, toujours debout. Contre tout attente, d’un revers de son bouclier, l’Humain envoya valdinguer l’araignée dans la charriote remplie d’esclaves apeurés. Briss éparpilla un Humain en une multitude de particules de chairs méconnaissables alors que, piqué au vif par le sort de son familier, Amras « Ombre–Lune » Silándel annihilait le dernier Humain à sa portée d’un Éclair Éphémère. Le « nettoyage »  se prolongeait encore et toujours, sans la moindre pitié pour ces esclavagistes : un Humain piétiné par Zwet, un Troll mal en point écrasé gaillardement par Bosco Br’Hakus, un autre Humain apeuré mortellement par Briss et un ultime Humain grillé par l’Éclair Éphémère d’ Amras « Ombre–Lune » Silándel.

De ce massacre d’esclavagistes, il ne demeurait qu’un survivant : un Troll. Enfin, survivant était un bien grand mot tant son étincelle de vie était tenue. Le Troll gisait à terre, face à Bosco Br’Hakus. L’attrait de la chasse La bête en lui prit pourtant le pas. Bosco Br’Hakus le mordit à la gorge et commença à lui dévorer la carotide. D’un mouvement–réflexe, le Troll se dégagea de l’emprise du chasseur et lui dégomma une belle mandale. Bosco Br’Hakus valsa quelques mètres plus loin. Sa « viande fraîche » se rebiffait. Bosco Br’Hakus, le regard luisant de désir, jouissait déjà de plaisir. Pourtant, Wylga Thorindor en décida autrement. L’araignée venimeuse mordit le Troll. Le Troll se débattit dans de bruyants spasmes, tombant d’un bloc, les yeux révulsés dans la terreur de la mort.

Bosco grommela... Apparemment, il n'est pas conseillé de se mettre en travers du chasseur et de sa proie...

Moska Disloque–Tout s’intéressa à la troisième carriole. Il commença à l’inspecter de fond en comble. Sur la gauche, il y avait une espèce de banc–lit. Sur la droite se trouvaient beaucoup d’armoires renfermant des rations de voyage ainsi que des outres de vin.
Les deux autres charrettes renfermaient des prisonniers du village pillé destinés à devenir des esclaves. Les prisonniers étaient partagés entre plusieurs émotions : peur, joie, colère envers les esclavagistes, désolation sur leur sort.

Vers 15h00, Skurge réapparut au–dessus de nos têtes avec le « Faucon des Brumes ». N’était–il pas là en qualité de témoin ?
La trentaine de prisonniers libérés repartirent avec les deux charrettes et les huit chevaux en attelage en direction de leur village.
Squirtz revint à lui, au grand soulagement d’Amras « Ombre–Lune » Silándel.
Toutes les armes et autres possessions personnelles des esclavagistes furent chargées à bord du « Faucon des Brumes » : elles étaient destinées aux Trolls de la Motte des Griffes de Pierre.
À l’intérieur de la carriole que Moska Disloque–Tout avait bien fouillée, Wylga Thorindor et Amras « Ombre–Lune » Silándel furent attirés par un étrange coffret. Amras « Ombre–Lune » Silándel tritura le coffret en tous sens et finit par casser la serrure. Ils constatèrent que le coffret renfermait 163 pièces d’or théranes ainsi que cinq potions cassées. Le tout serait donc remis à la Motte des Griffes de Pierre avec les vingt–cinq armes de manufacture thérane, les deux boucliers thérans de prime abord magiques ainsi que les rations prévues pour une période de trois semaines.
Amras « Ombre–Lune » Silándel prit l’un des chevaux Bees pour remplacer son poney tué lors de l’affrontement avec les esclavagistes. Les trois autres chevaux Bees étaient aussi restitués aux villageois avec la maudite carriole.

Le « Faucon des Brumes » reprenait de l’altitude et se dirigeait de nouveau vers les contreforts des Monts Scol. Au terme d’une heure de trajet, la Motte des Griffes de Pierre était en vue, alors que le jour déclinait peu à peu sous un manteau rougeoyant…

Sous la plume d’Amras « Ombre–Lune » Silándel.

Chapitre 3

Éliminer des esclavagistes avait visiblement affamé Bosco Br’Hakus. Le chasseur cherchait à se sustenter d’une maigre pitance de biscuits secs quand la voix braillarde de Skurge l’interpella, hélant le « newot » de lui donner quelque chose à bouffer. Bosco Br’Hakus lui proposa donc une ration de biscuits secs qu’un dégoût réprobateur de Skurge refoula. Skurge marmonna entre ses dents « Y’a pas un bon bout de bidoche sur ce rafiot ! »

Bosco Br’Hakus — pour notre malheur — se souvint alors qu’il avait conservé un morceau de viande. Ce n’était pas n’importe quelle part de viande, mais bien le cœur ensanglanté d’un Troll prélevé lors de l’attaque des esclavagistes. D’un geste partant d’un bon sentiment, Bosco Br’Hakus présenta le cœur de Troll à Skurge, un Troll, un « donneur–de–nom », conduite inqualifiable et teintée de déshonneur flagrant pour un Troll. La colère s’afficha sur les traits de Skurge. Il empoigna violemment Bosco Br’Hakus, abasourdi que ce geste inconscient ait des répercussions si inattendues. Il sorti sa hache et frappa comme un forcené le pauvre Bosco qui ne répliqua pas le moins du monde, se contentant d'attendre les coups en se demandant ce qui se passait.

Il frappa si fort et avec tant de violence que les autres membres de la « Compagnie des Manticores » durent intervenir. Nombre de guerriers auraient succomber à de tels coups, mais Bosco eut la vie sauve... Le prédateur ayant une exceptionnelle et incroyable endurance... Skurge était un valeureux et puissant combattant, si bien que Wylga Thorindor et Briss — Ce n’était pas encore Briss Tranche–Tête car la Motte des Griffes de Pierre ne lui avait pas encore reconnu ce droit — mordirent immédiatement la poussière et tombèrent inconscients sur le pont du « Faucon des Brumes ». Skurge cloua ensuite sur place Moska Disloque–Tout d’un Cri de Guerre et le mit aussi hors d’état. La Dyre Zwet et Squirtz, le Feu–Follet d’Amras « Ombre–Lune » Silándel, ne purent opposer une grande résistance au Troll et ils rejoignirent les membres de la « Compagnie des Manticores » déjà évanouis sur le pont du « Faucon des Brumes ». Amras « Ombre–Lune » Silándel tenta vainement de parlementer avec le forcené, en pure perte. Seul demeurait Bosco Br’Hakus, retranché sous d’énormes blessures, fixant Skurge. Dans un élan d'intelligence, rampant vers son agresseur, le chasseur tenta de s’excuser : "Laisse les vivre, si j'ai fait une erreur, ils n'y sont pour rien".

Entre–temps, les autres membres de la « Compagnie des Manticores » reprenaient leurs esprits, récupéraient de leurs dommages par l’intermédiaire de potions de guérison, de jets de récupération ou de partage de sang avec leur familier.

Il dut être expliqué à Skurge que l’acte de Bosco Br’Hakus était parti d’une bonne attention, que ce dernier n’avait pas mesuré les implications déshonorantes de ce geste, lui qui est un chasseur accoutumé à consommer toute sorte de viande. Il fut promis de le garder à l’œil.

Skurge était à présent aux commandes du « Faucon des Brumes ». Il manœuvrait le bateau volant avec une aisance incroyable. Quand le bateau accosta près du village de la Motte des Griffes de Pierre, les Trolls, curieux, vinrent aux nouvelles.

D’une voix agacée, Skurge aboya : « Aux fers ! Les cinq ! »

Trentième Jour du Mois de Rua, la nuit s’écoulant entre le Vingt–neuvième Jour et le Trentième Jour du Mois de Rua.

Les membres de la « Compagnie des Manticores » étaient réunis dans une espèce de prison de forme ovoïdale, bardée de fers et de branchages. Un jeune Troll demanda à pouvoir s’occuper des blessures de Bosco Br’Hakus. Il apposa ses mains sur la poitrine de Bosco Br’Hakus, psalmodia des borborygmes en langue trolle — en réalité, il s’agissait d’une prière auprès de Garlen, la Passion du Foyer et des Soins — durant une trentaine de minutes, ce qui ressouda les os brisé, cicatrisa la chair déchirée et les autres profondes blessures de Bosco Br’Hakus.

Un autre Troll apporta un pot et des bols. Le pot contenait un brouet avec de menus morceaux de viande. Chacun mangea.
Bosco Br’Hakus reparla de l’incident survenu à bord du « Faucon des Brumes ». Briss lui répéta que de se nourrir d’un cœur d’un « donneur–de–nom » était inacceptable et qu'il conviendrait dorénavant de ne plus reproduire un tel acte. Concession que Bosco, pour notre malheur, n'est absolument pas prêt à faire... Toutefois, ce dernier semble comprendre que ses étranges coutumes doivent dorénavant rester secrètes.

À peine la conversation terminée, Artemus Dovinham vint chercher Amras « Ombre–Lune » Silándel, Bosco Br’Hakus, Wylga Thorindor, Moska Disloque–Tout et Briss. Skram, le Chef de la Motte des Griffes de Pierre, les convoquait en audience sur–le–champ.

Certains Trolls irrités crachèrent sur le sol au passage de Briss.

Une fois dans la salle d’audience, Skram et Briss discutèrent âprement. Bosco Br’Hakus tenta d’intervenir dans les palabres. Skram le remit à sa place, en le menaçant d’être empalé les pieds en l’air s’il osait encore les interrompre.

Le moment vint où Briss devait prouver que son nom complet de « Briss Tranche–Tête » décrivait au mieux son Honneur, sa Famille, sa Motte ainsi que sa Race.

Á l’évocation de son Honneur, Wylga Thorindor témoigna que Briss défendait contre vents et marées les valeurs trolles. Briss était droit, intègre, sans jamais renier ses valeurs.

Skram eut un mouvement pensif et objecteur de la tête à l’évocation de la forme « phallique » de la garde de l’épée naine de Wylga Thorindor.

Le cuisinier Troll, membre du Conseil, s’adressa à Moska Disloque–Tout, lui à qui Briss avait demandé d’être l’étendard de sa Famille. Le cuisinier s’étonna qu’un Ork apeuré par sa mère, Chargeur de Terath et Écorcheur de surcroît soit la personne défendant les valeurs de Famille de Briss.

Le jeune prêtre de Garlen prit la parole. Il toisa Bosco Br’Hakus et évoqua avec lui la mesure de la Race Trolle. Lui, Bosco Br’Hakus, un chasseur qui avait osé exhiber le cœur d’un « donneur–de–nom » devant l’un de ses semblables, comment pouvait–il prétendre être un digne négociateur de la notion de « Race Trolle » ?  Bosco Br’Hakus argua qu’il ne mangeait que ce qu’il tuait. Pour lui, ce cœur n’était pas celui d’un « donneur–de–nom » mais bien d’un esclavagiste sans honneur. Le prêtre de Garlen lui rétorqua comment il pouvait émettre un tel jugement de valeur. Bosco Br’Hakus ne put réprimer qu’une moue indécise.
Artemus Dovinham en vint à la valeur de Motte. Il interrogea Amras « Ombre–Lune » Silándel sur la notion de Famille. Artemus Dovinham évoqua les démêlés de la Famille Silándel. Une joute oratoire éclata entre Artemus Dovinham et Amras « Ombre–Lune » Silándel, joute qui déplut fortement à Skram tant elle n’apportait aucun élément probant. Skram pria son « invité » Artemus Dovinham d’en revenir à l’essentiel. Ainsi, Skram reprit la direction des débats.

Briss s’élança dans une ultime plaidoirie pour défendre ses choix d’Honneur, de Famille, de Motte et de Race. Dans un élan audacieux, Bosco Br’Hakus mit un genou à terre devant Briss, disposé à expier ses fautes. La dague de Wylga Thorindor était à portée de main. Briss s’en empara et, hurlant :"Tes fautes sont mes fautes", s’entailla au niveau du coup de la tête, laissant couler son sang sur Bosco. Ce dernier attrapa alors la dague et rétorqua : "tu n'es pas seul, s'il y a une dette à payer, je la payerai avec toi." et il d'un coup vif, il passa la lame sur son visage, au niveau de l’œil droit... Mais ne saigna pas...

Sur ces faits, Skram interrogea Briss de la sorte :

« Quel est ton nom ? »

Briss rétorqua :

« Briss Tranche–Tête ! »

La blessure entaillée fut guérie. Les Trolls firent éclater leur joie. Les fûts d’Urgl, la bière traditionnelle trolle, furent brisés. Les chopes furent distribuées. Il y eut alors une véritable beuverie.

Trentième Jour du Mois de Rua, au petit matin.

Les effluves alcooliques et le réveil matinal n’étaient pas bons amis.

Pourtant, certains maîtres allaient dispenser des cours à certains membres de la « Compagnie des Manticores ».

Skurge fut le premier à emmener Briss Tranche–Tête. Il allait lui apprendre à encore mieux manœuvrer le « Faucon des Brumes ».

Wylga Thorindor, pensant cuver tranquillement, fut secouée par Droggar Barbe de Feu–Casseur de Roc. Le Troll nain la pria de prendre son grimoire, ses affaires et de le suivre.Moska Disloque–Tout, la bouche pâteuse, émergea vers midi, attiré par les odeurs alléchantes de cuisine. Il était près de Zwet, sa dyre, occupé à jouer avec une balle. Un Griffon des Jungles s’en empara et une bonne entente s’opéra entre les deux animaux. Un Troll héla Moska Disloque–Tout et ils partirent ensemble.

Bosco Br’Hakus approfondit ses connaissances sur la race Trolle ; quant à Amras « Ombre–Lune » Silándel, il fut initié à la chasse par Bosco Br’Hakus.

L’entraînement s’égrena sur une période de dix jours.

De son côté, Amras « Ombre–Lune » Silándel avait pris le temps de se renseigner sur les diverses quêtes. Ils étaient en réalité à un avant–poste de la Motte des Griffes de Pierre. Ils connaissaient de nom Thademrock Dombur, Althéa Sombre Rêve, Daroussac Denairastas et Tchuck Norix. Par contre, ils n’étaient jamais passés dans ces contrées.

Plus précisément sur sa quête personnelle, Amras « Ombre–Lune » Silándel sut que la Motte des Griffes de Pierre n’ignorait pas que la Maison Silándel était une respectable famille de négociants, depuis longtemps renommée dans le commerce de tissus, de soieries ainsi que dans la confection de vêtements de grande qualité. Par contre, ils méconnaissaient toute rumeur en relation avec l’assassinat de Krenaste et Similce Silándel. Un heaume surmonté d’une tête de vache n’évoquait aucune ébauche pouvant l’aider à confondre le meurtrier et delà, le commanditaire.

Dixième Jour du Mois de Mawag, au petit matin.

Briss Tranche–Tête arborait à présent fièrement une Cicatrice de Sang, Cicatrice de Sang qu’il conserverait durant une année et un jour.
Les vingt–cinq armes de manufacture thérane et les 163 pièces d’or théranes furent négociées à une revente de 80 Pau. Refondues, ces armes et pièces d’or serviraient mieux la Motte des Griffes de Pierre et allégeraient le « Faucon des Brumes ».

Les deux boucliers magiques, flanqués d’un énigmatique symbole, furent conservés. Ils pouvaient procurer une bonne protection physique.

La Motte des Griffes de Pierre remit une cinquantaine de rations de viandes séchées et de salaisons ainsi que quelques potions de soins.

Le bateau volant quitta donc l’avant–poste de la Motte des Griffes de Pierre, en direction de la Cité–État d’Iopos, en longeant les Monts Scol.

La journée fut assez calme. Il se dégageait une chaleur moite. L’avancée est assez lente tant Briss Tranche–Tête devait chercher sans cesse les courants favorables. Aucun danger ne fut dénoté, hormis, vers midi, une imposante masse sombre qui passa au–dessus du « Faucon des Brumes », dans une trajectoire perpendiculaire, sans que cette « présence » ne les menace ou ne les suive.

En soirée, une brume commença à se former au niveau du sol. Le « Faucon des Brumes » piqua du nez pour descendre. La brume était froide. Elle évoquait une sensation de gros coton au contact de la peau. Briss Tranche–Tête constata qu’il n’y avait plus de courants d’air. Pourtant, le « Faucon des Brumes » descendait inéluctablement. Les sens instinctifs de Bosco Br’Hakus se mirent soudainement en éveil. Il ressentit que le groupe était devenu une proie. Dès ce moment, l'attitude de Bosco changea du tout au tout. Il devint plus sérieux et donna même l'air d'être plus intelligent et réfléchi qu'à son habitude. La situation devait être réellement grave...

Le « Faucon des Brumes » obliqua vers une clairière dégagée et s’y immobilisa. Devant la pénombre ambiante, Amras « Ombre–Lune » Silándel incanta une Sphère de Lumière. Un halo luminescent perfora le voile ombrageux nocturne sur une surface de dix mètres.

Tout à coup, le carreau d’une baliste vint se figer dans la coque du « Faucon des Brumes », fixant le bateau volant au sol et l’empêchant d’emblée de décoller.

Bosco Br’Hakus comprit que les manœuvres du « Faucon des Brumes » avaient déclenché une baliste destinée à chasser des prédateurs volants de grande taille. Bosco Br’Hakus détecta trois autres pièges de ce type dans les hauteurs ainsi qu’une énorme fosse de cinq mètres sur six mètres, au sol, recouverte de branchages.
Briss Tranche–Tête ôta le carreau de la coque même pas ébréchée du « Faucon des Brumes » puis il replaça le carreau sur l’arbalète, disposant le piège dans son utilité primaire.
Bosco Br’Hakus avait toujours cette sensation qu’il était le gibier. Sensation semblant particulièrement le déranger.  Explorant le sol, il repéra les traces laissées par les grosses pattes d’un arachnide.
Immédiatement, Bosco Br’Hakus voulut poursuivre la piste arguant qu'il ne supportait pas être une proie et qu'il allait arracher le coeur de cette créature pour s'en faire son repas. Amras « Ombre–Lune » Silándel grimpa sur ses épaules. Il incanta à nouveau une Sphère de Lumière.

Les deux compères s’enfoncèrent dans la jungle, sans rien découvrir. Bosco Br’Hakus décida de poursuivre seul vers l’Est, là vers où les traces semblaient reprendre. Amras « Ombre–Lune » Silándel revint une demi–heure plus tard au campement.

Briss Tranche–Tête, Moska Disloque–Tout, Wylga Thorindor et Amras « Ombre–Lune » Silándel convinrent de passer la nuit à bord du « Faucon des Brumes », avec des tours de garde par deux personnes. Durant leur tour de garde, Wylga Thorindor et Moska Disloque–Tout entendirent des paroles incompréhensibles en provenance du sol. Wylga Thorindor, en Sperethiel, comprit qu’on leur demandait s’il y avait quelqu’un à bord du bateau. La question était posée par huit Elfes de Sang en armure brandissant des torches. Chacun des membres de la « Compagnie des Manticores » se présenta et prouva qu’il n’était pas marqué par un rituel artistique.

Bosco Br’Hakus réapparut une heure plus tard. Dans une espèce de transe indéfinissable, il effectua son rituel artistique fut réalisé sur le dos de Moska Disloque–Tout : un magnifique tatouage endurant ayant la forme d’une Dyre. L'ork poussa quelques grognements de douleurs mais ne bougea pas. Une fois le travail terminé, le faciès de Zwet apparu sur le dos de l'ork. Ce dernier sembla alors particulièrement en forme... Comme s'il était beaucoup plus résistant...

En réciproque, les huit Elfes de Sang exprimèrent leur rituel artistique sous la forme de danse de guerre, de chant ou de broderie.

Ils escortèrent le groupe vers un village constitué d’une vingtaine de masures réparties autour d’une Tour.
Différents villageois entretenaient des torchères de nuit. Une fois à l’intérieur de la Grande Tour, au Sud du village,  au premier étage, les Elfes de Sang les installèrent dans une immense pièce, où la seconde partie était réservée aux espaces de chambrée.

Tout à coup, Amras « Ombre–Lune » Silándel perçut des espèces de trous dans les interstices des murs. Trop tard, hélas. Des fléchettes fusèrent dans leur direction. Briss Tranche–Tête, Amras « Ombre–Lune » Silándel, Wylga Thorindor et Bosco Br’Hakus s’évanouirent instantanément. Seul Moska Disloque–Tout résista. Trois autres fléchettes s’élancèrent vers Moska Disloque–Tout qui, à son tour, s’écroula sur le sol, inconscient.

Onzième Jour du Mois de Mawag.

Briss Tranche–Tête, Amras « Ombre–Lune » Silándel, Wylga Thorindor, Bosco Br’Hakus et Moska Disloque–Tout revinrent à eux avec la sensation d’une sacré gueule de bois. Ils étaient dans un dortoir. Squirtz n’était pas là. Ils étaient dans un vieux bâtiment où le jour filtrait par l’espace manquant entre certaines briques. Bosco Br’Hakus ressentait toujours cette gêne d’être chassé.

Sous la poussée de Bosco Br’Hakus et de Moska Disloque–Tout, la porte vola en éclats. Le groupe revint dans la première partie de la pièce. Chacun reprit ses affaires. Amras « Ombre–Lune » Silándel libéra Squirtz de sa cage. Bosco, qui décidément fait montre de beaucoup plus d'intelligence lorsque la situation semble désespérée, émit alors une hypothèse qui se révéla juste et qui allait tous nous glacer le sang... Le groupe, dans une sensation d’effroi, s’aperçut qu’il était marqué par une Horreur. Il convenait de réagir vite. Des notes compulsées et écrites par Thademrock Dombur, Amras « Ombre–Lune » Silándel émit l’hypothèse qu’il pouvait s’agir de Jehutras, ces arachnides dont Bosco Br’Hakus avait perçu les traces.
À l’extérieur, la journée était ensoleillée. Les villageois vaquaient à leurs occupations d’une manière assez lente. Wylga Thorindor visualisa une zone de magie élémentaire dans les environs. Le groupe ouvrit une nouvelle porte non fermée. Ils débouchèrent sur une autre salle rectangulaire. Le mur Sud était éventré. La lumière déclinait. Le ciel s’assombrissait d’une brume opaque. Dix–sept cadavres, revêtus de leurs armures de cuir en décomposition, gisaient en demi–cercle derrière une porte plantée devant le groupe. Les armes éparses de ces êtres squelettiques étaient encore à leur côté.

Bosco Br’Hakus prit l’initiative d’enfoncer la porte, déclenchant immédiatement un piège magique. Un sort de Boule de Feu blessa tout le monde, à l’exception d’Amras « Ombre–Lune » Silándel et de Squirtz, demeurés en retrait dans la pièce. La porte enfoncée libéra la vue sur une statue de femme trônant au milieu de la pièce et entourée de pétales desséchés. La statue symbolisait Garlen, la Passion du Foyer et des Soins. Aucune arme ne pouvait être portée dans l’enceinte du Temple. Bosco Br’Hakus et Amras « Ombre–Lune » Silándel entrèrent sans embarras. Moska Disloque–Tout sombra dans un état d’inconscience pour avoir porté ses armes dans le Temple. Ramené hors du Temple, Moska Disloque–Tout se réveilla.

Amras « Ombre–Lune » Silándel décida d’implorer la Passion Garlen avec ferveur. Wylga Thorindor, Briss Tranche–Tête, Moska Disloque–Tout et Bosco Br’Hakus se joignirent dans un même élan à la prière. Alors, des larmes coulèrent le long des joues de la statue de Garlen. Ces larmes dégoulinèrent vers une coupe sur pied rouillée. La statue de Garlen s’écroula d’un bloc. Il ne demeurait que la coupe. Bosco Br’Hakus but d’abord une gorgée à la coupe avant qu’elle ne passe de bouche en bouche. La coupe, une fois vide, se désagrégea à son tour. Toutes les blessures graves et tous les points de vie furent regagnés grâce à cette prière commune.

Les membres de la « Compagnie des Manticores » montèrent à l’étage supérieur. Ils arrivèrent d’abord dans une sorte de chambre à coucher où des paillasses moisies et pleines de vermine s’alignaient au milieu de lanternes allumées avec des bougies. La porte était fermée. Amras « Ombre–Lune » Silándel la fit voler en éclats en incantant son sort d’Éclair Éphémère. La pièce était une sorte de réfectoire où des éclats de tables, de chaises et de poteries étaient éparpillés sur le sol. Il y avait aussi des restes de nourriture pourrissant par–ci par–là. La moisissure était présente partout.

Wylga Thorindor détecta du matériel élémentaire sur la gauche, derrière la porte et, beaucoup plus loin, dans une pièce adjacente, des formes de vie.

La porte s’ouvrit sans embarras. Une odeur putride insupportable agressa les narines de chacun. Les puits de cuisson étaient devenus de véritables termitières. La mort infectait cette salle d’effluves fermentés. Il y avait encore deux gros tas de charbon et du matériel de cuisine. Sur une table de cuisine, Moska Disloque–Tout trouva un kit pour allumer du feu ainsi qu’une jarre en gré contenant de l’huile. Bosco Br’Hakus et Moska Disloque–Tout fouillèrent les deux tas de charbon et en retirèrent deux grosses pierres brutes — vraisemblablement, des diamants. Entre les deux tas de charbon, des petits piaillements de derrière la porte retentirent.

Moska Disloque–Tout ouvrit la porte et libéra malencontreusement douze Vers Krils. Une brutale confrontation débuta au terme de laquelle les Vers Krils furent éliminés.

Amras « Ombre–Lune » Silándel demanda à Bosco Br’Hakus de récupérer quelques dents de Vers Krils. De la salle d’où avaient émergé les Vers Krils, Moska Disloque–Tout découvrit un garde–manger où les aliments n’étaient plus qu’un amas de moisissures et de champignons. Moska Disloque–Tout découvrit tout de même six jarres encore scellées : deux d’entre elles avec du miel, deux autres avec du Rhum d’une centaine d’années à 70° et deux dernières avec de l’huile rance.

Le groupe était prêt à affronter l’étage supérieur.

Sous la plume d’Amras « Ombre–Lune » Silándel

Chapitre 3

.En suivant sa tactique habituelle, à savoir, Moska et Bosco devant, Wylga et Amras au milieu et Briss pour fermer la marche, la « Compagnie des Manticores » s’engageait par un escalier pierreux et débouchait sur le toit de la Grande Tour. Le toit était en réalité une plate–forme où ne régnait que brume et obscurité, sans possibilité de distinguer quoi que ce soit.

À peine eut–il posé le pied sur la plate–forme que Bosco fut blessé par une étrange créature volante. La brume était si opaque qu'il ne put identifier son agresseur, tant sa vision était réduite à une distance de trois mètres. Avec sa vision astrale, Wylga parvint à repérer trois créatures volantes, des raies-scorpions, posées contre les murs et sur le toit d'une petite bâtisse devant le groupe. De son côté, Amras voulut secourir Bosco mais fut également victime d’une de ces attaques sournoises. Amras constata qu’il s’agissait d’estafilades empoisonnées. Poison que l’extraordinaire constitution de Bosco permit d’ignorer. De ses connaissances en créatures animales, Wylga voulut incanter un sort de lumière pour nous aider, mais elle en subit aussitôt le contre–coup immédiat, sans explication logique.

Empoisonné, Amras préféra se replier vers l’escalier, dans l’espoir de se soigner avec un Cataplasme de Kelix.

Moska, bouclier au poing, se plaçait en défensive, aux côtés de Wylga qui, seule a-même à distinguer les raies-scorpions, pouvait guider le reste du groupe et les prévenir des attaques des adversaires volants. Briss, lui, la rage au ventre, s’élançait vers la bâtisse et, une fois la porte défoncée, entrait dans une sorte de colombière de quatre mètres de largeur sur huit mètres de hauteur, dotée d’étroites fenêtres. Au sol gisait le squelette d’un guerrier au milieu d’armes et de boucliers brisés. L’usure du temps avait aussi officié dans cette pièce, ne laissant que désolation et stupeur. Croyant rompre une malédiction quelconque, Briss décida de réduire le macchabée en poussières. Un hurlement spectral retentit soudainement à l’intérieur de la colombière tandis que sa hache de bataille en cristal s’abattait sur le squelette. Briss fut foudroyé d’un sort en pleine figure dont son armure en cristal atténua les dégâts.

Le poison eut raison de l’endurance d’Amras. L’illusionniste perdit conscience à l’étage inférieur, le Cataplasme de Kelix resserré entre les doigts.

S’attaquer au « nid » des Raies–Scorpions était l’option prise par Bosco. Son bond d’une hauteur de treize mètres ne fut pas suffisant pour atteindre son objectif mais une aubaine pour les Raies–Scorpions qui le blessèrent à nouveau… Sans aucun effet…

Dans la colombière, Briss se précipita encore à l’offensive des restes du squelette et, anéanti d’un sort, il perdit connaissance.

Bosco aperçut une entité fantomatique s’extirper de la colombière, virevoltant dans les airs.

Moska et Wylga revinrent sur leurs pas, au niveau des escaliers. Ils redescendirent les marches et trouvèrent Amras dans les pommes. Réalisant qu’il avait été empoisonné, Wylga lui appliqua le Cataplasme de Kelix. Amras reprit peu à peu ses esprits. Briser l’obscurité pourrait assurément leur rendre service. Amras incanta un sort de lumière.

Les connaissances de Bosco lui apprirent qu’il faisait face à une Danseuse Spectrale. Sur–le–champ, il accepta de danser avec elle dans la conviction de la soulager de sa solitude.

Entre temps, les Raies–Scorpions entreprirent de descendre à l'étage inférieur, mais furent aveuglées par le halo lumineux invoqué par Amras. L’effet de surprise permit à l’illusionniste d’atteindre l’une des Raies–Scorpions d’un Éclair Éphémère. La masse de Moska manqua une Raie–Scorpion de quelques centimètres, quelques centimètres malencontreux, pourtant assez précis pour que la masse de Moska ne rencontra la pauvre Wylga et lui infligea quelques dommages au passage. Amras repassa à l’offensive : un second Éclair Éphémère plongea la même Raie–Scorpion dans une espèce de catatonie. « Endormie », la Raie–Scorpion tombait telle une feuille au gré des vents et s’aplatissait nonchalamment sur la plate–forme pierreuse. Wylga, d’un puissant sort offensif, fit imploser une seconde Raie–Scorpion en plein vol, alors qu’une poussière dans l’œil de Moska l’empêchait de frapper avec audace la créature. Amras réduisait, d’un Éclair Éphémère, la troisième Raie–Scorpion dans un état de somnolence. Atterries sur la plate–forme, les deux Raies–Scorpions roupillaient d’un sommeil injuste.

La porte du Temple de Garlen, la Passion du Foyer et des Soins, s’ouvrit sur ces entrefaites. Briss réapparut, guéri de ses blessures. Guéri pour un laps de temps fort court ... Moska se réjouissait déjà de frapper la Raie–Scorpion, paisiblement endormie à ses pieds. La masse glissa et blessa de son revers Briss, stupéfait de ce mouvement inattendu. Le sort de Dards de Cristal, invoqué par Wylga, terrassa les deux créatures en de multiples morceaux. Les Raies–Scorpions n’étaient plus un danger. Revenus sur la plate–forme, tous virent Bosco, couvert de blessures, en train de terminer la danse avec la créature. Ils étaient tous deux à trois mètres de hauteur.

Le spectre se matérialisa en une ravissante femme, protégée d’une cotte de mailles éclatante. Elle arbora un grand sourire et fit une révérence à Bosco. Elle encensa son courage et le gratifia de l’avoir délivrée des tourments infligés par l’Horreur.

Regardant ses multiples et profondes blessures, Bosco rétorqua, non sans humour, un « Avec Plaisir ».

Elle révéla la méthode à suivre pour exterminer totalement la menace du village. L’Horreur se terrait dans les entrailles des catacombes. Pour libérer Akarem – vraisemblablement le nom du village –, la « Compagnie des Manticores » devait vaincre l’Horreur et emmener le reste de son essence pour le déposer au Temple de Garlen. Il convenait de réchauffer le Temple de Garlen en mettant les fourneaux en marche, de prier la Passion avec ferveur et de l’implorer de sauver le village.

La jeune femme disparut et se confondit dans les restes de son squelette.

Bosco n’était pas en grande forme. Il mordilla le cœur d’une Raie–Scorpion. La viande était infecte, il recracha le tout en grommelant « C’est pas bon, ça picote sur la langue… ».  Il ne récupérerait pas de forces de la sorte. Il prit tout de même le temps de recueillir les trois dards de Raies–Scorpions qu’il remit à Amras en l’informant que cela pouvait servir à faire des potions. Il fut décidé de retourner au sein du Temple de Garlen, sans armes, pour implorer son secours.

Amras prononça une dévotieuse prière qui fut répétée par les membres de la « Compagnie des Manticores » en ces termes :

« Garlen, Passion du Foyer et des Soins, assure–nous de ta Protection dans cette quête pour délivrer le Village d’Akarem !
Apporte–nous la Force, l’Énergie et l’Engagement d’affronter l’Horreur des Brumes et de rendre la Liberté à ce Village !
Que les brumes, oppressantes et souillantes, soient dispersées et que ta Main soit une Protection bénéfique à chacun de nos pas !
Nous t’assurons de notre Vaillance !
Que ta Bienveillance soit notre Lumière dans ces Ténèbres !
Que ton Énergie nous grandisse et que l’Honneur de ton Nom soit à nouveau respecté »

Au terme de cette pieuse prière, la « Compagnie des Manticores » quitta le Temple de Garlen.

Briss Tranche–Tête fit une découverte des plus intéressantes : une carte des niveaux inférieurs d’Akarem (cryptes). Squirtz, lui, demeurait toujours aussi apathique, non loin de l’épaule d’Amras. Par l’une des multiples interstices de la Grand Tour, d’où filtraient auparavant la lumière du jour.

Bosco constata qu’il faisait nuit et que le sentiment d’être une proie faisait désormais place à un autre sentiment… Celui d’être « appelé ». Comme une louve qui appellerait ses petits… Ceci n’avait nullement l’air de lui plaire d’avantage.

Le groupe redescendit du premier étage au rez–de–chaussée de par un treillage céleste incanté par Wylga.

Au rez–de–chaussée s’élevait, inquiétante, une arche de pierre noirâtre, à laquelle étaient suspendues au bout de cordes vieillies par le temps divers crânes. Par–delà cette voûte, le groupe entendit, provenant des profondeurs, un ruissellement d’eau mêlé de petits criaillements de rongeurs. Il se dégageait une odeur de décomposition dans l’air.
Un couloir voûté, d’une hauteur de deux mètres pour une largeur d’un mètre, s’enfonçait dans les entrailles de la terre. À la lumière incantée par Amras, ils constatèrent que des ossements dépassaient de la terre entre les pierres. Amras s’attarda à inspecter les alentours. Il y avait énormément de crânes de différents donneurs–de–noms normaux mais son attention fut attirée par de petits crânes qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il remarquait qu’une arche d’un kaer en général comptait plus d’une septantaine d’années. Or, l’arche était plus récente. Il ne s’agissait donc pas d’un véritable kaer mais bien d’une bâtisse construite après le Châtiment. Des niches (caveaux) avec des cadavres momifiés défilaient sur la gauche et sur la droite au fur et à mesure de la progression.
La « Compagnie des Manticores » arriva dans une large salle, haute de plafond, d’où émergeaient quatre couloirs se dirigeant vers les quatre points cardinaux. En son centre était érigé un obélisque de basalte noir dont l’inscription, de l’humain, fut traduite par Bosco :

« Le Kaer d’Akarem, bâti avec la bienveillance et la bénédiction de Garlen, Passion du Foyer et de la Guérison. Que sa puissance nous protège. Kedru Al, Premier Seigneur du Kaer d’Akarem ».

La salle comportait énormément de livres et de parchemins que, malencontreusement, l’usure du temps avaient réduit en papiers pourris. Dans un reflet éphémère, la guerrière spectrale salua Moska et Wylga d’un revers de la main. Bosco, prit d’un nouvel éclair de génie, repensa au temple de Garlen et se risqua à toucher l’obélisque de basalte noir de la paume de la main. Il fut instantanément guéri de ses blessures et retrouva vitalité. Le reste de la compagnie l’imitère, bénéficiant du même bienfait consenti par la Passion Garlen.

Empruntant le couloir sur la gauche, les parois se rétrécirent jusqu’à déboucher sur une grande pièce servant d’entrepôt à grains où reposaient encore de gros sacs recouverts de moisissures. Bosco remarqua une porte verrouillée au Sud de la pièce. Il l’enfonça d’une violente talonnade.

La porta se brisa en de minimes morceaux de bois. Des escaliers s’enfonçaient à un niveau inférieur, dans une cave à vin.

L’avancée se poursuivit vers une salle d’inhumation. Des fresques peintes sur les murs de la salle d’inhumation décrivaient avec précision les méthodes d’inhumation. Des étagères étaient encore garnies de rouleaux de bandages desséchés, de pots avec des herbes moisies, de linceuls poussiéreux et d’une douzaine de jarres en céramique vides.

Deux énormes dalles de pierre, recouvertes de runes éclectiques, imposaient une présence dérangeante au milieu de cette salle d’inhumation. Il y avait encore des rainures tachées d’un liquide séché rouge–brun. Des trousses d’instruments de dissection étaient encore posées sur ces dalles.

Le silence pesant fut bientôt interrompu par Wylga qui venait de détecter en vision astrale l'arrivée de six Goules, revêtues d’un simple linceul fermé par une broche. Briss annonça d’emblée nos intentions d’un Cri de Guerre. Amras invoqua les Poings Ardents de Rage et offrit ce bonus à Bosco. Un puissant coup de griffe, mêlé de multiples flammèches, annihila la première Goule. La masse de Moska gela la seconde Goule sur place et la fit exploser en d’innombrables particules glacées. Amras se protégeait en décalant son image à quelques mètres de lui alors que l’épée large de Wylga anéantissait une autre Goule. Briss et Amras détruisaient deux Goules, tandis que le dernier Goule était décapité par Bosco. Les six broches en argent furent récupérées et estimées à une valeur de 50 pièces d’argent.

La « Compagnie des Manticores » poursuivit la visite des cryptes d’Akarem jusqu’à une impressionnante salle d’eau. Une douzaine de jarres en céramique d’une contenance de vingt litres étaient entassées dans l’entrée. De nouvelles fresques murales représentaient des personnes occupées à collecter de l’eau à l’extérieur du Kaer. Des statues de Gargouilles crachant de l’eau par leur gueule dans de larges bassins trônaient au centre de la salle d’eau. Chaque bassin était équipé d’un système de tout–à–l'égout qui partait vers le Sud. Au milieu, une grosse rigole, nantie de plaques en métal, descendait vers la source.
Wylga repéra de l’eau élémentaire. Bosco, lui, au grand étonnement de ses camarades, se figea de terreur, à la vue des Gargouilles. Amras tenta de l’encourager d’un Contact Rassurant. Pourtant, Bosco était peu enclin à repasser devant ces statues.

Ce dernier, totalement terrifié, expliqua que, comme en témoignait l’affreuse cicatrice ornant son torse, les gargouilles étaient la seule chose qui avait un jour failli le tuer.
Wylga détruisit les quatre statues de Gargouilles à distance. Les statues en miettes, Bosco retrouva son courage. Squirtz aussi retrouva une allure normale, loin de cette apathie. Squirtz emmena Amras au pied d’une gigantesque fresque représentant un dragon soufflant du feu. Amras suivit les recommandations de Squirtz. Il analysa le mur et découvrit une ouverture de deux centimètres à même le mur.
À cet instant, la menace imminente de Cadavéreux obligea le groupe à se préparer au combat.

Amras rendit des Poings Ardents de Rage à Bosco. Un premier Cadavéreux évita l’attaque de Briss. Wylga fit exploser un Cadavéreux sous l’effet d’un sort de Bolas de Glace. Malheureusement, des blocs de glace encombraient à présent le couloir. D’emblée, Bosco s’élança et, franchissant les blocs de glace, il subit les conséquences du sort de Wylga, sous l’effet d’une entrave de glace et des dégâts inhérents.
Il s’écria alors : «  Attention, ils utilisent des sorts de glace ». Pourtant, Bosco parvint tout de même à détruire un Cadavéreux à sa portée. Tandis que les Cadavéreux attaquaient Bosco, Amras décalait son image à quelques mètres de lui. Les Cadavéreux échouaient dans leurs tentatives envers Briss et Moska. Squirtz protégeait Amras d’un Bouclier de Brume pendant que Wylga exterminait un autre Cadavéreux.
Un nouveau Cadavéreux fila ad patres sous la lame de la hache de bataille de Briss, maîtrisée d’un second coup très précis. Dans ce cas, il était opportun de parler d’« expulsion de tête » tant la tête du Cadavéreux se sépara de son corps à la vitesse d’un boulet de canon.

Désireux de se libérer de son entrave de glace, Bosco dut subir encore les dégâts intrinsèques au sort de Wylga. Bosco, Moska et Amras éliminèrent trois Cadavéreux successivement.
Briss pulvérisa le dernier Cadavéreux. Par malchance, le sort de Bolas de Glace incanté par Wylga saucissonna le pauvre Moska, ébahi. Contre toute attente, une Lance de Glace vint transpercer le corps de Wylga de part en part. Bosco s’écria alors : « Je vous l'avais dit, ils utilisent des sorts de glace ! ». L’eau commença à bouillonner puis à se transformer en une massive brume. D’instinct, Amras appliqua un Contact Rassurant à Bosco. Briss se précipita au secours de Wylga. Il la décrocha de la Lance de Glace et lui administra une potion de guérison.
Amras établit un lien télépathique avec Squirtz, requérant plus de précisions sur sa découverte. À ce moment, Amras comprit que la tanière de l’Horreur se situait derrière le mur. L’Horreur était obligée de quitter sa tanière au vu du danger qui la menaçait. Bosco et Amras, de leurs connaissances conjointes sur les Horreurs, apprirent au reste du groupe qu’il s’agissait d’une Horreur Nommée : La Brume. Cette Horreur appréciait de se nourrir du karma de ses proies.

L’ouverture pratiquée dans le mur intriguait Amras. Une ouverture entre la tanière de l’Horreur et cette salle d’eau n’avait pas été pensée pour rien.
Amras introduisit son index dans l’ouverture et, invoquant son sort, il expédia un Éclair Éphémère à l’intérieur de la tanière même de l’Horreur. Peut–être qu’attaquer son antre pourrait l’affaiblir ?
Alors, Bosco, Briss et Moska frappèrent de concert la Brume de puissantes attaques. La Brume finit par rapetisser jusqu’à la taille d’une petite perle d’eau.

À cet instant, les membres de la « Compagnie des Manticores » n’étant plus sous l’influence de la Brume, étaient à nouveau normaux et n’étaient plus marqués.

Sous la plume d’Amras « Ombre–Lune » Silándel

Chapitre 4

Amras retenait prisonnier, au creux de la main, la Brume qui s’était rapetissée sous la forme d’une petite perle d’eau. Wilga s’intéressait au mur derrière lequel la tanière de l’Horreur se situait. Il n’y avait que cet interstice pratiqué dans le mur de visible. Wilga repéra, en usant de sa Vision Astrale, la présence d’un bâton magique par–delà ce mur. Le mur n’était qu’une simple séparation de gré, facilement friable sous l’effort avoué d’un individu costaud. Briss, Bosco et Moska enfoncèrent de concert le mur. Le mur s’effondra sous la brusque poussée. Briss, Bosco et Moska chutèrent dans une espèce de liquide poisseux disséminé sur le sol. La pièce était une salle mortuaire, imprégnée d’émanations pourries. Énormément d’ossements étaient éparpillés çà et là, entre divers morceaux d’amphores brisées, baignant dans une mélasse gluante composée d’alcool et de miel entremêlé au fil du temps.

Une imposante châsse – coffre finement sculpté et de superbe facture – trônait devant les membres de la « Compagnie des Manticores ». Wilga, intriguée par le message inscrit en sperethiel sur une plaque en cuivre appliquée sur cette châsse, perçut la présence du bâton magique à proximité. Bosko, dont le ventre gargouillait, se rapprocha d’une douzaine d’amphores d’une contenance d’un litre et en ouvrit une. Il engloutit d’emblée un litre de miel sans vergogne.

Des recherches dans la salle mortuaire, il fut déniché six colliers et onze broches aux armoiries du Kaer d’Akarem, soit un hexagone incrusté d’un A en son intérieur. Wilga était toujours sur les traces de ce mystérieux bâton magique. Briss fit pivoter la plaque en cuivre d’un léger cliquetis. À ce moment, Wilga put s’emparer du fameux bâton magique. Ce bâton se présentait comme un bâton de marche d’1 mètre 50, surmonté de la tête d’un rat, dont la longue queue s’enroulait autour du bâton sur une cinquantaine de centimètres de longueur. De l’analyse de Bosco, il apparut que le rat était un Q’Wyrl, un rat spécifique se déplaçant rapidement sous terre.

Plus loin encore se dressait une porte en métal à double battant. Bosco et Moska l’enfoncèrent à nouveau. La pièce renfermait une fontaine avec, en son centre, une source d’eau élémentaire. Une sensation de pureté émanait de ce lieu. Bosco s’enthousiasma de goûter de l’eau élémentaire : fraîche, revigorante … mais sans goût !

Les membres de la « Compagnie des Manticores » repartirent et arrivèrent à nouveau devant l’obélisque de basalte noir. Moska désirait implorer les bienfaits de Garlen, la Passion du Foyer et des Soins. Il apposa sa main sur l’obélisque de basalte noir. La stèle s’effrita et se fissura en une multitude de fragments de roches magmatiques noirâtres. Briss interrogea Amras sur la possibilité d’une intervention de l’Horreur. Amras répondit par la négative. C’était véritablement de la malchance.

Remontant à la surface par une volée d’escaliers étriqués, Briss fut le premier à être en présence d’une douzaine de deux paires d'yeux jaune luisant dans la pénombre. Douze molossoïdes, aux apparences de loup, toisaient le groupe à la sortie des cryptes, sans gestes offensifs pour l’instant.

Bosko, à l'idée de pouvoir reprendre la chasse, bouscula un peu tout le monde et grimpa les marches pour observer ces animaux sauvages. Le chasseur n’avait jamais rencontré de telles proies.
Amras incantait un Manteau Monstrueux sur Bosko qui prenait alors l’illusion d’une Manticore avec tous les avantages que cela implique. Wilga augmentait, elle, les capacités défensives de Briss en incantant un Bouclier de Saule.

Sous sa physionomie de Manticore, Bosko apeura cinq de ces créatures qui s’encoururent d’effroi. Amras décidait de nantir Moska d’un Manteau Monstrueux, alors que le Feu Follet Squirtz protégeait son Maître « Ombre–Lune » Silándel d’un Bouclier de Brume. Briss effrayait l’un de ces loups difformes mais sa hache de bataille se contentait de l’effleurer.Nanti sa carapace illusoire de Manticore, Bosko, furieux à l'idée de ne pas être le premier à ouvrir cette chasse, chargeait le loup près de Briss et lui déchirait la tête. Cette dernière se sépara sans difficulté du reste de son corps. La tête valdingua une dizaine de mètres plus loin. Briss repartait à l’offensive, sans toucher sa cible ; les crocs du loup égratignèrent l’armure de Briss, sans le blesser pour autant.
Amras changea d’avis, préférant offrir un Manteau Monstrueux à Briss, pris dans le cœur du combat, tandis que Moska hésitait à en découdre.

Les loups difformes parurent s’agrandir suite à une puissance obscure... Moska se lança dans la cohue. Il harcela un loup dans le dos et le blessa par surprise. Dans un même élan, Briss, Moska et Wilga manquèrent leurs actions. Amras opta pour décaler son image, tout en épaulant ses compagnons. Bosco attaqua encore. L’illusion de la Manticore se dissipa. Les loups ne furent plus leurrés par l’illusion. Les loups, enivrés en meute, s’acharnèrent sur Bosco. Mordu à plusieurs reprises, le chasseur subit la marque de la lycanthropie... et un voile rouge couvra ses yeux. Il n'y avait désormais plus amis ou ennemis mais bien de simples cibles à détruire... Moska se rua sur l’une des créatures. La masse de Moska déchaîna une boule de glace sur le loup difforme qui mourut aussitôt.
Là, une impression bizarre se fit ressentir... Une présence... d'une incroyable intensité... Criant le nom de Thystonius, la Passion de la Valeur et du Conflit Physique, Briss fendit alors de sa hache de bataille un loup en deux, alors que la bête était pétrifiée de panique.

Sous l’impulsion du même Thystonius, Amras terrassa un molossoïde d’une bordée d’Éclairs Éphémères. Wilga pulvérisa la tête d’une des créatures d’une impressionnante Boule de Glace.Le dernier assaillant calanchait en une bouillie sanguinolente, sous l’effroyable transe des griffes déchaînée par Bosco qui, lorsque sa rage retomba, se rendit compte qu’il n’était plus sous l'influence néfaste.

Les créatures reprirent leur forme humaine. Le molossoïde primaire, lui, était putréfié de l’intérieur. Wilga remarqua, d’après l’analyse des cadavres humains, que leur mort naturelle remontait à deux ou trois jours. Bosco, comme à son habitude, décida de célébrer sa victoire en dévorant le cœur de l'une de ses proies... Le cœur de l'un de ses congénères humains...

Il revenait à présent de sauver définitivement le Kaer d’Akarem de cette malédiction. Il fallait ramener la Brume sous sa forme de petite perle d’eau au Temple de Garlen, réchauffer le Temple de Garlen en mettant les fourneaux en marche, prier la Passion du Foyer et des Soins avec ferveur et de l’implorer de sauver le village. À cette fin, il fallait gravir une dénivellation d’une hauteur de 4 mètres 50.

D'un saut, Briss se retrouva à l'étage. Et comme si cela était tout naturel, Bosco attrapa Amras, puis Wilga pour les lancer dans les airs en criant : "Heyyy, Briss, attrape !". Ces derniers parvinrent à se rétablir in extremis. Ensuite, Moska fut soulevé par Bosco et hissé par Briss et, d'un simple bond, le chasseur rejoint le groupe comme si de rien n'était.

Parvenu au premier étage de la Grande Tour, au Sud du village, les membres de la « Compagnie des Manticores » s’engagèrent dans un escalier pierreux en colimaçon et débouchèrent au second étage. Bosco fut volontaire : il barbeya dans un infect bourbier putride, grouillant d’insectes en tous genres, à la recherche d’huile et de charbon. Pendant ce temps–là, Wilga apprenait le sort de Trait de Flamme à partir de son grimoire. L’huile, répandue sur tout l’étage, prit feu à l’incantation du sort de Wilga. Tout l’étage s’embrasa à une température avoisinant les trente–deux degrés. Les insectoïdes visqueux s’enflammaient dans des craquements morbides.

Au premier étage, une douce lueur perlait par des interstices et inondait d’une réconfortante chaleur le Temple de Garlen. Le groupe pria la Passion du Foyer et des Soins avec dévotion. D’étranges appels évoquant le nom « Akarem » résonnèrent. Au fur et à mesure, les appels devinrent des hurlements stridents. La Brume, dans son état de sphère aquatique, s’éleva dans les airs, au milieu de faisceaux luminescents et éblouissants. Le Temple de Garlen s’effondra. Cinq villageois grimpaient les escaliers de la Grande Tour vers son sommet. Les habitants exprimaient à présent des sentiments assez disparates, témoignant de l’enthousiasme ou de la consternation. D’autres villageois, poussés par une force invisible, gravissaient encore ces escaliers rocailleux et vieillissaient de plus en plus. Au sommet de la Grande Tour, leurs corps tombaient en poussières. Les formes humaines provenant des molossoïdes se recomposaient et se désagrégeaient en particules.

Autrefois Danseuse Spectrale, une jeune et ravissante Elfe, protégée d’une éclatante armure de corail, stoppa à hauteur de Bosco et le remercia avec révérence de la libération du Kaer. Elle disparut en une multitude de poussières ; seule son armure demeura aux pieds de Bosco.

« Le Kaer d’Akarem nous gratifiait de l’avoir affranchi des entraves de la Mort. La Brume avait enchaîné les villageois à un semblant d’existence. Leur rendre leur âme et leur existence étaient plus inestimables que tout métal ou pierre précieuse. Jamais l’Histoire du Kaer d’Akarem ne devait tomber dans l’oubli. Jamais ces Affres ne devaient être ôtées des Mémoires. Et le Bâton d’Akarem était Nôtre, sauf si un jour, le Gardien d’Akarem venait à le réclamer. »

La brume environnante se dissipa peu à peu. Les étoiles scintillèrent de nouveau dans le ciel. C’était la nuit. Bosco remit à Amras l’armure de la guerrière elfe, lui qui n’avait aucune protection.

Le sol se déroba soudainement. Le Kaer d’Akarem s’enfonçait dans les abîmes de la terre. Les bâtiments s’écroulaient un à un. Au lieu des maisons délabrées, il ne subsistait guère qu’un cratère béant.
À l’instant où le Bâton toucha le sol, le cratère se referma, effaçant toute trace visible de l’existence du Kaer d’Akarem.


Pourtant, Bosco sentit toujours être la proie d’un quelconque prédateur.Un instant de réflexion plus tard, il s'écria : "Les araignées !!!", puis, tout en grognant, se mit en quête d'une piste.

Amras revêtit l'armure d’écailles en acier, de teinte rouge corail. Briss, Wilga et Moska décidèrent de partir à la recherche du bâteau et de Zwet.

Le temps s’était effiloché durant notre absence. Zwet avait le poil long. Le cheval d’Amras était mort. Le bateau volant était dégueulasse, couvert de mousse. Les réserves de nourriture étaient moisies. Mais combien de temps s’était–il écoulé depuis notre absence ? Cette interrogation passa bien vite au second plan.

Bosko, de retour, affirmait avoir pisté deux arachnides dont les traces convergeaient vers le Nord. Sous l'impulsion de la chasse, à nouveau ouverte, Bosko s'élança en courant.À califourchon sur Zwet, Moska, Briss, Wilga et Amras suivirent Bosko.

Au bout de trente minutes, ils n’étaient plus qu’à un kilomètre de l’antre des arachnides ; L’aube pointait à l’horizon.

Le lien télépathique établi entre Zwet et Moska révéla qu’un délai de deux lunes s’était écoulé depuis notre absence. L’interrogation d’un vénérable chêne par Wilga affinait ce délai aux dix derniers jours du Mois de Gammil. Chacun récupérait de ses blessures par le biais de potions de guérison, de rituels karmiques ou de jets de récupération, avant de reprendre la chasse.

Les membres de la « Compagnie des Manticores » débarquèrent dans une clairière où l’antre des Jehutra avait été localisée. Attirée par les hurlements répétés de Bosco, une Jehutra, au corps de métal et de chitine, pointa le bout de son nez hors de sa tanière, tandis que sa compère surgissait d’un bosquet touffu, sur la gauche.

Presque instantanément émergèrent du sol d’impressionnants murs semblant former un labyrinthe parmi les membres de la « Compagnie des Manticores », sur une hauteur de trois mètres. Les murs en métal s’attaquèrent automatiquement à quiconque avec le dessein de s’extirper du labyrinthe et d’affronter les Jehutra.Grâce à son décalage visuel, Amras était parvenu à être à l’extérieur du fatidique labyrinthe. Il s’acharnait à explorer les contours du labyrinthe, dans l’optique de rechercher une issue pour rejoindre ses compagnons et les épauler dans leur lutte. Au terme d’un affrontement acharné, invoquant l’encouragement de Thystonius, la Passion de la Valeur et du Conflit Physique, Bosco, seul contre l'une des Jehutra, l'étripa en une masse méconnaissable ; la seconde Jehutra explosait en de multiples morceaux merdiques gelés sous les coups conjugués de Briss, de Moska et de Wilga. Amras rejoignait enfin ses compagnons. Un peu tardivement, certes. Bosco, heureux de son nouvel exploit extirpa deux grilles de Jehutra et les confia à ses camarades pour une revente ultérieure.

De l’exploration de l’antre des Jehutras, il put aussi être ramassé :

  • 288 pièces d’argent ;
  • trois potions de soins qu’Amras décida de garder (soin d’1 blessure grave / Endurance +8 ) ;
  • un petit coffret renfermant un collier avec 10 petites griffes en or que Bosco demanda la permission de conserver ;
  • une petite boîte contenant 24 kernels de matériaux élémentaires (6 de feu, 6 de terre, 6 d’air et 6 d’eau), que Wilga s’attribua, au vu de sa spécificité d’Élémentaliste.

La décision commune fut prise de poursuivre nos investigations par un crochet via la Cité–État d’Iopos. Le bateau volant « Faucon des Brumes » traça à une allure effrénée et, en fin de journée, Iopos était en vue. La Citadelle d’Iopos, structurée de centaines de tours en spirales, était un véritable havre de paix. Les tours se déclinaient dans des tons blanchâtres, alors que les ardoises des toits étaient d’un fastueux bleu azur. La Cité–État d’Iopos était un important centre commercial : le « Faucon des Brumes » côtoyait maintes corvettes marchandes de Jerris ou d’autres larges drakkars destinés au transport de marchandises dans les environs. Le « Faucon des Brumes » aborda le quai d’accostage sous un mauvais angle, « abîmant » le quai sur une bonne longueur lors de cette manœuvre.
Amras eut une idée un peu trop « tape à l’œil » de l’étiquette en présentant la « Compagnie des Manticores ».

Vingt–septième Jour du Mois de Gammil … Par les Passions, que le temps file !

Prévenus par le Capitaine Artemus Dovinham et le Maître Elenassi Leguldur de la Caravane d'Oray de l’arrivée du groupe à Iopos deux mois auparavant, Sénéchal, un vieillard vêtu d’une robe blanche et bleue, arborant à la ceinture une bourse et une dague d’apparat, emmena le groupe dans une luxueuse auberge, où des chambres avaient été réservées. Au fur et à mesure de la progression à l’intérieur de la Citadelle d’Iopos, la Cité se révélait être une ville calme et disciplinée. L’auberge « Le Griffon de Saphir » était une imposante bâtisse de 80 mètres de large pour une hauteur de 30 mètres. L’établissement était indiscutablement destiné à une clientèle huppée. Deux lads Orks s’empressaient déjà de s’occuper de Zwet. Au programme : nettoyage/massage de la Dyre et réparation de l’armure. Quatre valets transportaient les bagages. Sénéchal introduisait les membres du groupe au–delà de la double porte de l’auberge.

Dans l’immense salle, trois bardes jouaient discrètement tandis qu’une pléthore de serveuses se déplaçait entre les tables avec une dextérité aguichante. Au bar, un Troll, occupé à essuyer un verre à vin, nous remit une clé pour chaque chambre réservée. Tandis que Bosco, pour le prix des griffes dorées de son collier, s’offrait un bain érotique sous les charmes voluptueux de Ming. Amras, Briss, Wilga et Moska profitaient des commodités de leur chambre pour un bon bain revigorant, plus conventionnel et en solitaire.

Au bout de deux heures, Briss, Amras, Wilga, Moska et Bosco se retrouvèrent attablés avec Sénéchal et Dame Lahanna Denairastas, une femme entre deux âges, sculptée dans une robe Bleu Roy pailletée assez saillante. Sénéchal entama la conversation. Il répondait aux demandes conjointes du Capitaine Artemus Dovinham et du Maître Elenassi Leguldur de la Caravane d'Oray. Les membres de la « Compagnie des Manticores » seraient les invités de la Famille Denairastas durant leur séjour à Iopos, soit une dizaine de jours. Sénéchal leur fournirait des Maîtres pour évoluer dans leur discipline respective et répondrait, dans la mesure du possible, à leurs attentes. Dame Leilandra Denairastas s’enquit des résultats des investigations et parut dépitée face au peu d’informations crédibles récoltées. Elle tint à recadrer les investigations à l’essentiel et fournit toutes informations possibles dont elle disposait.
Le dernier endroit où Thademrock Dombur, Althéa Sombre Rêve, Daroussac Denairastas et Tchuck Norix avaient été aperçus sains et saufs était Vivane, dans la demeure de l’Ambassadeur Kypros, à l’occasion d’une soirée mondaine.À Vivane, Daroussac Denairastas devait transporter une dague empoisonnée pour sa tante.

  • Daroussac Denairastas avait pour familier un chat du nom de Sueriz. Il était un Voyageur de cinquième Cercle. Son Maître était un ancêtre de la Famille Denairastas.
  • Althéa Sombre Rêve, Nécromancienne de quatrième Cercle, était une elfe de la Cour de la Reine du Bois de Sang. Elle était accompagnée d’un Éthandrille pour familier.
  • Thademrock Dombur était un Élémentaliste de quatrième Cercle, sans familier particulier. Il participait à cette mission diplomatique pour le compte du Bois de Sang, vraisemblablement à la requête de son Maître Elenassi Leguldur de la Caravane d'Oray.
  • Peu d’éléments transpiraient autour de Tchuck Norix, un Humain qui se prenait pour un Ork, Questeur de Lochost de surcroît.

Pour stimuler la recherche de son fils Daroussac Denairastas, Dame Lahanna Denairastas :

  • promit à Bosco Br’Hakus, jusque là, pas fort intéressé par la conversation, de veiller à lui organiser une chasse à la hauteur d’un chasseur de son acabit (la chasse … au dragon !)... Bosco se redressa sur sa chaise, souriant... Elle avait toute son attention ;
  • tinta la corde sensible de la fibre maternelle auprès de Moska Disloque–Tout, évoquant la détresse d’une mère sans nouvelles de son fils ;
  • s’engagea envers Amras « Ombre–Lune » Silándel à lui procurer toute information sur l’assassinat de ses parents, Krenaste et Similce Silándel ;
  • tinta à nouveau la corde sensible de la fibre familiale avec Wilga Thorindor ;
  • appâta Briss Tranche–Tête sur l’éventualité de devenir Capitaine de son propre navire.

Bosco demanda de disposer d’un vêtement imprégné de l’odeur de Daroussac Denairastas et interrogea la dame sur son fils et ses compagnons... Une nouvelle proie l'attendait...

Les cinq prochains jours célébraient la Terre.

Sous la plume d’Amras « Ombre–Lune » Silándel

FIN DU JOURNAL DE L'ANNÉE 1505.