Journal de Wilga
Son Histoire
A venir...
LE LONG VOYAGE.
PREMIER JOUR - TRAVAR
Cela faisait trois jours que j’étais arrivée à Travar après un voyage en bateau volant des plus agréables. Tant qu’à voyager, je préfère ce type de bateau à ceux sillonnant les mers. On meurt beaucoup plus facilement en tombant de ce type de bateau-là. C’est un fait bien connu : pas moyen de se noyer dans l’air ; c’est l’eau qui tue.
Tel que requis par la lettre que j’avais reçue de Dilraen, j’avais séjourné à l’auberge du Griffon d’Azur, et m’était rendue auprès de Grondir Âpre-voix à l’académie de Travar pour acquérir de nouvelles connaissances. Je profitai également de ces trois jours pour tester les diverses bières locales et consigner toutes mes observations dans un petit carnet.
Le troisième jour après mon arrivée, je me suis rendue chez un ami de Dilraen, Elenassi Le’guldur, un elfe élémentaliste et Maître de la Caravane d’Oray. Les jeunes prodiges que Dilraen m’avait brièvement mentionnés étaient également présents :
- Briss, un jeune troll un rien chatouilleux, propriétaire d’une petite nef volante offerte par le capitaine Artemus Dovinham.
- Lak’Ko, une T’skrang arbalétrière un peu hautaine dans sa manière de parler, mais également amicale, et portée sur la cuisine fine.
- Balthazar, un elfe pas très grand et arborant le sigle des voleurs.
- Et enfin Moska, un ork plutôt calme et posé, apparemment traumatisé par sa mère et qui ne boit que de l’eau.
Berk.
Elenassi Le’Guldur nous avait rassemblés afin de nous donner une mission. Il s’agissait de retrouver un autre groupe d’aventuriers qu’il avait lui-même expédié sur les routes il y avait longtemps, et dont il n’avait plus aucune nouvelle. Nous apprîmes que ce groupe était composé de Thademrok, un nain élémentaliste et élève de notre commanditaire. Althéa Sombre-Rêve, une elfe originaire des bois-de-sang. T’Chuck Noorix, un humain esclave qui se promène avec des chaines brisées, un collier assez remarquable (des fois que les chaines brisées passent pour du « trop commun »), et s’exprime principalement par borborygme. Il serait questeur de Lochost (qu’il prononce « Blörk », borborygme oblige). Et enfin, Daroussac Denairastas, un humain originaire de la ville de Iopos. Sa famille dirige la ville d’une main de fer, rien ne s’y fait sans leur autorisation. Daroussac semble étrangement intéresser particulièrement Lak ‘ko.
Nous apprirent que ce groupe d’aventuriers s’était formé initialement à Kratas au cours d’un jeu cruel dont les enjeux étaient l’influence, le commerce et les droits d’exploitation. Apparemment, ce groupe était assez soudé. Du moins, tant qu’on évitait soigneusement le sujet du statut de chacun. Dans ces moment-là, les prises de becs et autres joyeusetés dans le genre devenaient régulières.
La mission qu’ils avaient reçue à l’époque était de se rendre à Vivane en vue de négocier une transaction commerciale concernant un convoi précieux pour notre commanditaire. Leur groupe a quitté Kratas, mais au lieu de partir vers le Sud comme ils auraient du, ils se sont dirigés vers le Nord. Aucune raison valable n’a été trouvée. La chute de température qui accueillit ma suggestion selon laquelle ils simplement avaient tenu leur carte dans le mauvais sens m’apprit que ce n’était pas la bonne raison. Elenassi Le’Guldur nous donna le nom de son contact à Kratas : Earal.
Notre mission fut donc de retrouver Thademrok ainsi que les documents si précieux pour Elenassi Le’Gulfur. L’expression de notre commanditaire a laissé un peu de flou concernant la priorité entre les deux éléments de la mission. Après avoir reçu la mission, nous avons été invités par Lak’Ko pour nous rendre dans sa demeure afin de s’y restaurer et d’y loger jusqu’au départ le lendemain. Elle a fait déguster à qui dans l’équipe acceptait un met à base de poisson. Son but était clairement que je mémorise ce repas afin de pouvoir le reproduire lors de notre périple. Sa maison comportait énormément d’épice. La plupart des mets semblaient à base de poisson. Le repas fut bon. Tout ce qui vit dans l’eau n’est pas à jeter après tout.
DEUXIEME JOUR DE MISSION.
Quelques heures à peine de sommeil et nous avons quitté le domicile de Lak’ko vers deux heures du matin. Briss préférait en effet que nous partions le plus rapidement possible pour éviter les embouteillages du matin. L’autre possibilité était de partir à la moitié du jour, mais cela nous aurait limités dans le déplacement de notre première journée de voyage. Le choix fut vite fait.
Le transport depuis chez Lak’ko vers le port s’est effectué en carriole avec Zwet, l’énorme familier bovidé de Moska qui tirait le convoi (Zwet, pas Moska !). Nous avons chargé le bateau du matériel nécessaire à notre voyage, et dès l’aube, nous avons pu démarrer. Le décollage a été on ne peut plus époustouflant et classe. Il ne faisait plus aucun doute que Briss maîtrisait parfaitement la navigation de son bateau. Nous comprîmes rapidement que sa nef était très précieuse pour lui : l’état de la carriole de Lak’ko, susceptible de potentiellement créer des griffes sur le bateau, fut le déclenchement d’une nouvelle prise de bec entre ces deux-là.
Peu de temps après, Lak’ko s’est également pris le chou avec Moska : elle avait traité son familier Zwet de « vache, con comme un balais ». Certaines personnes semblent avoir un don inné pour se faire des amis.
Dans la zone aérienne autour de Travar, nous avons croisé une vingtaine de bateaux, dont des drakkars imposants à la décoration d’un goût discutable, telle que des crânes. Peut-être d’anciens passagers qui avaient autrefois fait des griffes dans les dits drakkars.
Pour notre parcours, on avait prévu d’éviter la foret de Servos, dû à sa fâcheuse tendance à abriter des animaux volants pas cool et des dragons. Pour cela, il avait été décidé de faire un détour pas loin de Falanne, dans le but de suivre la montagne vers Scavia et ensuite remonter vers Kratas. Quand le bateau s’est élevé dans les airs, on a traversé des nuages. C’est peut-être joli de loin, mais une fois qu’on est dedans, c’est comme respirer de l’eau. Berk.
Vers le milieu du jour, nous avons soudainement réalisé qu’on n’entendait plus un seul bruit. En épiant le ciel aux alentour, on a vu au loin une manticore qui avait l’air de voler vers nous. Balthazar ne s’est pas inquiété outre mesure. Selon lui, c’est chouette une manticore, ça aime bien parler aux gens et même les aider à l’occasion.
Par précaution, Briss a demandé à ce qu’on prépare nos armes. Des fois que la manticore ne serait pas aussi sympathique que suggéré par Balthazar. Il a aussi changé sa manière de naviguer, de manière ce qu’on prenne de la distance. Peut-être après tout qu’elle n’en avait pas après nous, et fait juste un petit vol digestif...
La manticore a adapté sa manière de voler pour continuer à rester dans le sillage de la nef. Au moins, les choses étaient claires de ce côté-là. Mais peut-être était-elle quand même aussi amicale que le suggérait Balthazar.
C’est quand elle m’a lancé une lance de glace, que j’ai pu éviter, qu’on a compris. Pour la peine, Moska a baffé Balthazar. Ce dernier est rapidement passé en invisible, pour éviter les attaques de la manticore autant que les baffes des membres de l’équipe, je suppose.
Lors de la préparation de tir, j’ai essayé d’enflammer le carreau d’arbalète de Lak’ko afin d’augmenter les dégâts qu’elle pourrait faire à notre poursuivant. Je dois humblement admettre que qualifier de « catastrophique » l’approche théorique de ce sort de feu serait se priver du terme adéquat pour décrire son approche pratique : En lieu et place du carreau d’arbalète, j’ai enflammé la dague de Balthazar. Du coup, il est redevenu visible.
Les autres n’étaient pas très chauds pour que je retente le sort, mais je n’aime pas rester sur un échec. Et lors du deuxième essai, j’ai réussi à enflammer le carreau de Lak’ko. Il est à voter que dans le combat qui a suivi, tout le monde s’est retrouvé tôt ou tard à louper ses attaques. Finalement, on pouvait dire que c’était un groupe assez harmonieux. De son côté, la dague enflammée de Balthazar lui a finalement servi contre la manticore quand elle a commencé à voler trop près du bateau. Bien sur, il s’est bien gardé de me dire merci, le bougre !
C’est finalement le venin du serpent de Balthazar qui est venu à bout de la manticore. Lors du découpage du cadavre et partage du « butin », j’ai récupéré les griffes de la manticore, pour graver mes sorts plus tard.
SKAVIA
Quand la nef de Briss a accosté à Skavia, une trentaine de gardes nous attendaient. Face à ce comité d’accueil chaleureux, nous avons tous du faire une démonstration en art pour prouver qu’on n’était pas affectés par les horreurs. Briss, Moska et moi nous sommes alliés sur une création artistique. Je voulais initialement graver quelque chose sur le pommeau de mon épée large, et Moska voulait travailler le cuir de la garde. Briss s’est mis à chanter, mais au lieu d’opter pour une chanson épique, il en a choisi une plus paillarde. Résultat : le pommeau est devenu un phallus ; enfin a pris la forme d’un phallus. Outre le fait de gagner en dégât, mon épée a gagné en valeur commerciale : de 25 pièces d’argent, on est passé à… 2500 pièces d’argent ! Il fallait donner un nom à cette arme. Après discussion entre nous, le nom choisit fut « soumission ». Parce que « Côté lame ou côté pommeau, tu vas prendre ».
On a vendu les restes de la manticore pour 75 pièces d’argent. Si la peau des manticores est en générale très prisée – particulièrement par les manticores elles-mêmes, ces sales égoïstes feraient tout pour la conserver – la peau ici avait pris apparemment trop de dégâts pendant le combat pour valoir plus, et la viande devait en général être préparée rapidement après la mort, ce qui ne laissait plus beaucoup de temps aux cuisiniers pour en tirer quelque chose. J’ai bien pris note de demander la provenance de la viande dans toutes les prochaines tavernes où nous irions dans cette ville.
Briss a commandé la réparation de sa nef. A défaut de la carriole de Lak’ko, c’était la manticore qui avait finalement donné une série de coups de griffe. En discutant un peu avec le marchand, nous avons appris que T’Chuck Norix et Althea étaient passés par Skavia… il y a deux ans.
Une fois les tests d’art et les accords de ventes effectués, nous nous sommes rendus à une taverne où j’ai pu tester leur bière spéciale. Elle portait un nom étrange que l’accent un peu guttural du barman a fait penser à « sch’krum sch’krum sch’krum ». On aurait dit une pils classique avec un arrière-goût de noisettes. Elle est originaire de Throal.
Moska, qui avait conservé la queue de la manticore – sorte de boule hérissée de picots – voulait la faire installer au bout de sa masse. Le barman lui a conseillé un forgeron, et j’ai décidé d’accompagner notre ork. Il s’est avéré que le forgeron en question, Rolph, était un autre ork. Un peu bourrin dans sa méthode, je dois le dire. Pour allumer la forge, il avait besoin d’un briquet. Je lui ai donné le mien. En échange, il m’a offert un autre briquet dans une jolie boite.
Nous avons eu des informations supplémentaires concernant le groupe d’aventuriers que l’on recherchait. Il y a deux ans, Althéa, l’elfe du groupe, était venue en carrosse et avait payé sa réparation rubis sur l’ongle. Tout ce que Rolph avait vu d’elle avait été le bras qu’elle avait sorti entre les rideaux du carrosse, mais il n’avait jamais oublié les épines sur sa peau. Le souvenir général qu’elle lui a laissé fut celui d’une pimbêche doublée d’une pétasse. Très antipathique, apparemment.
Quand Rolph eut finit de réparer la masse de Moska en y ajoutant l’attribut de la manticore, notre orc baptisa son arme. Désormais, elle s’appellerait : « Reviens ». Rolph avait en effet manifesté un peu trop d’intérêt pour cette nouvelle version de l’arme, au goût de Moska.
Rolph nous a accompagnés à la taverne où attendait le reste du groupe. D’entrée de jeu, il a montré de l’hostilité vis-à-vis de Lak’ko, et tous les Ishkarats, accusés de pratiquer encore l’esclavage. Leurs valeurs étant totalement opposées, Rolph a ordonné à Lak’ko de sortir, ce qu’elle a refusé net. Un archer du 7° Cercle l’a alors menacée. Au bout d’un moment, Lak’ko s’est levée pour partir, mais a au préalable annoncé qu’elle reviendrait dans deux ans, pour tuer Rolph. La flèche de l’archer est partie.
Automatiquement, toutes les personnes présentes se sont préparées à prendre quelque chose : la tangente, des coups, ou le dessus. Par un effort incroyable de diplomatie, le bain de sang fut évité. Ne nous leurrons pas la face, notre groupe n’était probablement pas de taille. Et même si la solidarité est très certainement un facteur encouragé dans une équipe, on ne se connaissait pas encore assez pour risquer sa vie sans savoir dans quelle ancienne querelle on mettait les pieds.
Rolph nous a expliqué que Lak’ko était une espionne au service de la Chivala’alha, et portait les armoiries de la Maison Ishkarat ; ceux-là même qui appliquent encore l’esclavagisme. Rolph a finalement offert une solution de résolution rapide : il a demandé à Lak’ko de simplement lui écrire un parchemin d’excuse, de rançon, ainsi qu’un pacte de non-agression… ou d’admettre que le clan Ishkarat était désormais en guerre contre Scavia.
Lak’ko a finalement choisit le parchemin d’excuse et le pacte de non-agression. La rançon s’est transformée en un service qu’un autre membre du clan Ishkarat sera tenu de rendre. Rolph a obligé Lak’ko à signer le parchemin avec son sang.
Après de tels échanges chaleureux, il nous est tout naturellement apparu qu’il était bigrement temps de s’en aller vers d’autres lieux inconnus et exotiques. La nef de Briss ayant été remise à neuf, nous avons quitté Scavia sans plus attendre.
Quelques heures plus tard à voguer dans des airs plus calmes que durant la matinée, vers 16h30, la lumière a commencé à chuter et il a été décidé de se poser pour la nuit.
Avant de pouvoir se poser, il demeurait la question du comportement de Lak’ko à régler. Toujours sur le Faucon, la nef de Briss, Lak’ko – sous l’emprise d’une drogue – avait dormi depuis notre départ de Skavia. On a pris la direction Nord-Ouest. Lorsque Skavia a disparu de notre vision, Briss a ligoté les pieds, mains et queue de Lak’ko et l’a jetée par-dessus bord, retenue au bateau par une corde. Elle a pendouillé un moment. Je suis montée au guet pendant une heure, mais rien ne s’est passé de particulier.
Au bout d’une heure, Balthazar a remonté Lak’ko et a tenté de la réveiller. Quelques baffes légères n’ayant pas suffi, il a opté pour une grosse tarte, pincer un doigt, lui mordre la queue, lui mettre une dague sous les ongles. Lak’ko a fini par se réveiller, disant qu’elle avait une douleur sous l’ongle du pouce droit.
Briss l’a rebalancée par-dessus bord pendant que Balthazar réveillait doucement Moska. La corde servant à pendre Lak’ko faisait cinq bons mètres, ce qui faisait qu’elle pendait à trois mètres sous le bateau. Il y a eu une discussion rapide, et Briss l’a remontée pour la tenir à bout de bras par-dessus bord. Il a demandé à Lak’ko des explications sur ce qui s’était passé en ville pendant que Balthazar envoyait son serpent Naa’Jaah en détecteur de mensonges. Lak’ko a expliqué ses actions sur base que l’honneur de son clan avait été bafoué.
Elle a révélé que son côté d’espionne pour le clan d’Ishkarat est une couverture. Elle travaille en réalité aux intérêts de son clan pour lequel elle espionne depuis Travar. Elle dit que ce ne sont pas les Ishkarat mais une autre maison (il y en a six au total) les V’strimon qui font les raids dont son clan est accusé, et elle veut enquêter dessus. Selon elle, Daroussac Denairastas est un allié des Ishkarats qu’elle doit retrouver. Elle comprend cependant que ses armoiries Ishkarat sont le genre de publicité dont le groupe n'a pas vraiment besoin, et elle accepte de faire un peu de couture dans les heures à venir. La discussion se clôture par un conseil à Lak’ko de ne pas foutre le groupe dans la merde, ou elle repassera par-dessus bord, sans corde.
Balthazar parle d’une T’srang de V’Strimon qui aurait été assassinée pour le compte de Denairastas. Lak’ko n’a pas l’air contente. Y a-t-il eu trahison ?Depuis le guet, je remarque une silhouette au sol qui a l’air de nous suivre depuis une heure. Briss fait monter le bateau très haut et très vite dans les airs. Comme la pente est forte, la carriole se penche très fort en arrière, et arrive - par effet de balancier - à soulever Zwet, qui panique et meugle. Moska arrive à le ramener au sol et à le calmer, mais il n’a pas l'air content. Moska. Zwet non plus, d'ailleurs.
Le bateau arrête de monter quand on est à 400m au-dessus du sol. On continue à naviguer pendant quelques heures. A un moment, je remarque un grand aigle d’une envergure d'à peu près un mètre cinquante qui passe sous le bateau. Il donnait l’impression de vouloir charger une proie, puis a eu l’air de décider qu’il n’avait pas si faim que ça finalement. Etait-ce une horreur au sol ? Briss accélère le bateau et on prend plus d’altitude, mais sans que la carriole ne soulève Zwet à nouveau. On atteint les 150 km/h, au-dessus des nuages. C’est joli.
On est passé non loin d’un nuage de Vers Krills, mais on les a dépassés trop vite pour être inquiétés. Et puis, ils avaient déjà l’air occupés à bouffer une proie. On arrive en vue de la ville de Daiche. On a bien speedé, mes cheveux en sont plaqués en arrière avec le vent.
DAICHE
C’est un petit village avec un dock pour quelques bateaux. Nous avons vu en bas trois T’srangs, simplement occupés à nous regarder. Ils ne portaient pas d’armoiries, mais étaient par contre bien recouverts d’armures et d’armes. L’un des trois avait une lance courte tenue par une bague, de type arquebuse. Lorsqu’on nous a demandé de faire notre test d’art afin de prouver qu’on n’était pas touché par une Horreur, j’ai remarqué la présence d’un quatrième garde. Cette fois, la gravure en solo, en l'absence des chants de Briss, a permis de graver joliment la lame d’une de mes épées, sans que des éléments grivois ne s’y retrouvent.
Zwet et la carriole ont été descendus du bateau. Zwet avait l’air plutôt impatient, il avait du sentir l’herbe. Une inspection du bateau a été effectuée. La carriole a également été fouillée totalement, y compris certains compartiments secrets inconnus de son propriétaire-même.
En haut de la tour non loin, nous avons pu rencontrer R’Akam, le capitaine de la ville, surmonté d’un chapeau avec une grosse plume colorée (le capitaine, pas la ville !). Nous avons commencé à négocier et il a été convenu que le bateau resterait dans son port durant huit jours. Il nous a réclamé 210 pièces d’argent ; Lak’ko lui a donné 25 pièces d’or.
Peut-être les T’srangs devraient-ils revoir leur table de division par dix ?
Le capitaine nous a recommandé l’auberge du Griffon Abyssin vers laquelle nous nous sommes rendus à l’aide de Zwet et la carriole, via une route forte empruntée. Autour de l’enceinte de l’auberge, il y avait des traces de gros campements observables de par les cercles de feux variés. L’accès à l’intérieur de l’auberge se faisait par une lourde et large porte d’entrée. Au fond de la cour à gauche se trouvaient les écuries, et derrière le bâtiment central se trouvait l’auberge à proprement parler, s’étendant sur cinquante mètres de long, et avec quatre étages.
Quand nous sommes entrés dans l’auberge, on nous a demandé si on avait réservé. Vu que ce n’était pas le cas, une étrange humaine fut appelée ; elle avait la peau jaune, les yeux bridés, des cheveux rappelant plutôt le crin de cheval, et de longs ongles couleur de bronze. Nous avons pu lui demander deux chambres, une pour Lak’ko et moi, et une autre pour Briss, Balthazar et Moska. La pièce centrale dans laquelle nous sommes ensuite entrés faisait dix mètres sur cinq. Sept à huit femmes, du même jaune que notre hôte, servaient les repas à tous.
Chaque repas était d’ailleurs adapté à chaque race présente. Parmi les boissons amenées à notre table, j'ai pu tester une ale de Throal au goût classique d’ale, rien de spécial. Il y avait aussi une bière sombre de Klekvac, un peu plus acide et douce. Il y avait également la Rubiconde, une production locale du barman ; sa couleur était ambrée et elle avait un goût de céréales. Nous avons également eu l’occasion de tester un vin sylfelin. On a imité Balthazar en y goûtant qu'un tout petit peu – sauf Briss qui a fait un cul-sec, et a vu son niveau d’éthylisme crever le plafond. Le vin était censé être composé de beaucoup de fruits rouges, mais j’ai uniquement reconnu mon préféré : la fraise. Il était assez amusant de constater que chacun autour de la table reconnaissait un fruit rouge différent ; et apparemment pour chacun, il s'agissait de son favori ! Même Moska nous dit qu’il a reconnu le goût de son fruit rouge préféré : le steak.
Peut-être les orks devraient-ils revoir leur notion de classification d’aliments ?
Tous ces fruits étaient-ils réellement dans la boisson, ou y avait-il un sort ou composant spécial ravivant juste le souvenir d’un goût favori ? Lak’ko nous a également fait goûter d’un vin rouge T’srang, qui m’a paru épicé et très poivré. Lak’ko nous a quitté peu après pour aller se changer en robe d’apparat.
Pendant que j’avais le dos tourné, quelqu’un m’a servi une bière que je n’avais pas encore testé, accompagnée d’un petit mot : « Pour les connaisseurs ». La bière était brune, amère et forte. Quand je suis allée voir le barman pour connaître le nom de cette bière, afin de la répertorier dans mon guide de voyage. Le barman, un ork bougon, a prétendu ne pas savoir de quelle bière je parlais, et jetait des regards insistants vers la cuisine. Je m’y suis rendue alors que derrière moi, les tables au centre de la pièce étaient remontrées avec des cordes, car le bal allait commencer.
Dans la cuisine, j’ai rencontré un nain, Raegar, qui m’a appris que la bière en question se nommait la Triple Rubiconde. Il m’a également appris qu’il était un ancien porteur de lumière. De ses voyages passés, il gardait un bras droit brûlé à l’acide et une jambe gauche en métal. Il a dû me prendre initialement pour ma grande sœur, car il a parlé de moi à la troisième personne, et a dit que j’avais disparu quatre ou cinq mois quand j’étais petite. Etrange, j’ai toujours eu l’impression qu’il ne s’était écoulé que quelques jours…Raegar m'a parlé de Daroussac Denairastas. Il l’avait rencontré à Kratas il y avait un an, à l’occasion de l’anniversaire de Garlthik le Borgne. Il se souvenait de Daroussac Denairastas car il était accompagné d’un dragonnet recouvert d’une armure bleue. Probablement une wyverne. Il était une jeune recrue pour le Jeu des Voleurs et faisait initialement partie de l’équipe rouge. Mais il a demandé à changer pour aller dans l’équipe bleue. La seule raison avancée, c’est que le bleue était sa couleur favorite. Ça a du lui porter chance, car il a triomphé à l’épreuve et est ensuite parti avec une grosse caravane. Une elfe les avait rejoint avec un carrosse. Raegar a fait la route avec eux durant un moment.
Toute cette discussion a été régulièrement ponctuée de bières diverses. Je n’avais plus la force ensuite de regagner ma chambre, j’ai dormi sur une couche de paille dans la réserve. Le matin a vu la traditionnelle succession de vomi, re-bière, et aux-revoir.
TROISIEME JOUR DE MISSION:
En rejoignant les autres, j’ai appris que Lak’ko avait subi un vol. Elle n’avait pas non plus dormi dans sa chambre et portait encore sa robe d’apparat, quoiqu'un peu froissée. Apparemment, les armes - qu'elle avait laissé dans la chambre - avaient été changées contre des versions qu’elle n’aimait pas. Quelqu’un avait également retiré le symbole Ishkarat de son arbalète, à coups de burin ou équivalent, ce qui lui enlevait un peu de son côté esthétique sans toucher à son efficacité. Comme on avait discuté plus tôt de la discrétion que Lak’ko devait adopter en public concernant ses origines, j'ai personnellement trouvé que son « voleur » était plutôt bien avisé et lui avait probablement rendu service.
Nous avons pris un copieux petit déjeuné pendant que Lak’ko continuait d’engueuler copieusement l’aubergiste. Vu que mon parfum de houblon était plutôt peu apprécié, j’ai rapidement pris un bain et nous sommes tous partis.
PLAINE
Balthazar nous a prévenus qu’il y avait des écorcheurs d’orks sur la route. La matinée au travers d’une plaine légèrement boisée s’est passée dans un calme relatif entrecoupé d’engueulades entre Lak’ko et Briss: ce dernier se moquait du fait que Lak’ko se soit fait voler pendant qu’elle se faisait troncher. Je me suis installée dans la carriole où j’ai décidé d’examiner l’intérieur de mes paupières. Vers 13 heures, nous avons fait une pause dans un bosquet calme. Durant l’après-midi, calme, on a profité du soleil. Pour certains de la compagnie, c’était apparemment beaucoup. Trop. Calme.
Alors que nous traversions un autre bosquet calme, un homme a sauté devant nous en criant joyeusement « Bonjour ! ». Briss a brandit sa hache tout aussi joyeusement en criant : « Chouette ! ». J’avais le sentiment que l’homme face à nous n’était pas ce qu’il semblait être, et je soupçonnais là l’œuvre de quelque illusionniste de haut niveau. Mes compagnons n’ont pas voulu m’écouter et se sont lancés dans la baston. Briss a cru mourir, attaqué par deux gros bras de pierre sortis du sol, et notre équipe n’en menait pas large face à ce qui semblait être un sorcier très puissant. Notre adversaire réel - un petit vieux dans une cabane en hauteur dans un des arbres - nous a dit qu’il souhaitait juste nous imposer un droit de passage, et qu’on pouvait lui donner ce qu’on estimait juste. Il a reçu au total un stylet, et 17 pièces d’or. Quand on l’a dépassé, il m’a semblé l’entendre dire « je les ai bien plumé ».
Peut-être devrions-nous revoir notre connaissance des impôts locaux ?
Quand nous sommes partis de l’endroit, j’ai remarqué en jetant un regard en arrière que notre carriole ne laissait pas de trace. Notre « hôte » ne souhaitait peut-être pas laisser une route bien visible pour de une quelconque visite surprise. Hormis cet incident, l’après-midi a de nouveau été calme.
BOIS
En soirée, nous nous sommes installés dans une clairière. Moska avait planté des pieux dans le sol, mais des voix dans sa tête lui ont dit de virer les pieux à coups de « sinon, on lâche les glands ». Etrange. Pas question de couper du bois pour faire du feu non plus. Moska est parti dans la forêt, calme, et a discuté avec un écureuil qui lui aurait dit qu’il fallait faire du feu pour faire fuir les loups. Il est revenu avec du bois mort. Nous avons discuté de l'organisation des tours de gardes.
Pendant son tour de garde, Balthazar a piqué l’arbalète de Lak’ko. Quand elle s’est réveillée, il lui a rendu en prétendant qu’un petit écureuil lui avait piqué. Au même moment, un gros écureuil a trouvé refuge dans la carriole où dormait Moska. Il s’est jeté tout tremblant dans les bras de notre ork, en balbutiant un énorme skwiiiiiiiiiiiiiiiii paniqué ](que Moska nous a traduit par la suite comme « ….chasseeeeeur… »), avant de rendre l’âme suite à un arrêt cardiaque.
Moska est sorti de la carriole en portant l’écureuil et a alors vu Lak’ko, tenant son arbalète, et discutant avec Balthazar. Moska a du la prendre pour le "chasseur", et est passé en gahad. Il s’est mis à frapper Lak’ko avec ce qu’il tenait en main : à défaut d’une épée ou d’une hache, l’écureuil. Briss a voulu tacler Lak’ko au sol pour lui dire de faire la morte, afin que l’état gahad de Moska se dissipe, mais – peut-être réveillé trop brutalement en ce milieu de nuit – il s'est trompé de cible et a taclé un arbre qui lui est tombé dessus.
Sur ses entrefaites, Balthazar a essayé de faire boire un somnifère à Moska, mais notre ork a résisté. Finalement, quand Moska a réussi à assommer Lak’ko avec un gros coup de ce qui restait d’écureuil, Lak’ko s’est évanouie, tout comme son propre état gahad. Moska s’est calmé et est reparti dormir.
En tout cas, on en a déduit que ce qui provoque le gahad de Moska, c’est un écureuil.
Au matin, j’ai nettoyé les morceaux d’écureuil qui trainaient un peu partout, afin d’éviter que Moska ne nous refasse le coup de cette nuit. Balthazar a donné une fiole de soin à Lak’ko. En remerciement, cette dernière l’a accusé d’être le responsable du vol qui avait eu lieu dans sa chambre à Daiche. Balthazar a démenti, ajoutant qu’il était désolé de ne pas en être effectivement l’auteur, vu qu’il lui aurait rendu son bien, comme il l’avait fait cette nuit avec l’arbalète (et aussi avec des fils dorés empruntés plus tôt sur ses armoiries).
KRATAS
En sortant du bois, nous sommes arrivés sur une plaine sèche, dont l’herbe était limite jaune. Au loin, on pouvait voir la ville de Kratas. A première vue, on aurait dit qu’une météorite s’était écrasée à cet endroit, et s’était rapidement recouvert de mousse, donnant de loin une apparence de gros tas de merde. On pouvait distinguer des murs qui avaient autrefois dû être blancs…
Nous avons atteint les portes en milieu d’après-midi. Il y avait du monde devant nous, faisant la file pour pouvoir entrer dans la ville, malgré son apparence peu engageante. Face à nous se trouvaient une cinquantaine de gardes dont la moitié était équipée en lourd, et l’autre moitié en armes de traits, dont certaines flèches étaient enflammées. Ces derniers tiraient de temps en temps, et une grosse boule de feu se formait à l’impact. Parmi le groupe devant nous se trouvait un nain qui a échoué sa démonstration en art. Il s’est immédiatement fait tiré dessus par plein de flèches. Le nain est tombé. Puis, après un court moment, il s’est relevé en grouillant de toute part ; il semblait même plus grand. Etrange. D’autres flèches – enflammées cette fois – lui furent envoyées avec les salutations distinguées de gardes de Kratas. Au final, ce qui est resté du nain fut un petit tas carbonisé – et blanc – au sol.
Quant à nous, nous avons réussi notre test. Balthazar a alors reçu un parchemin. Nous avons entendu qu’on était attendus normalement plus tôt, et qu’on allait apprendre de nouveaux trucs. Chouette. Chacun allait pour ce faire devoir aller à un endroit particulier. Mais dans un premier temps, il nous fallait rencontrer l'organisateur des "festivités".
Une fois à l’intérieur de la ville, on a constaté que ce qu’ils appelaient la Grand Rue, n’était qu’une rue mal famée classique, avec des ruelles qui y aboutissaient. L’odeur générale qui régnait était celle de l’insécurité. Nous sommes arrivés devant une maison rouge rénovée. Un ork montait la garde, une hache de guerre posée sur ses cuisses. Il nous a baragouiné un truc, on l'a salué aussi. On lui a dit qu’on est attendu, il nous a laissé passer la porte. On a alors constaté que ce qu’on pensait être une maison classique, n’était en réalité qu’une ouverture vers d’autres rues. Une jeune elfe nous a guidé vers une vraie maison cette fois, dont l’intérieur ressemblait à un bureau d’impôts, avec une décoration de bureau assez spartiate. Aeral, le maître des lieux, nous a reçu et - après un regard un peu sombre vers Lak'ko - a expliqué à Balthazar qu’il devait nous mettre en condition pour la suite. Ou ce qui nous attend va être costaud, ou on a du quelque part lui faire figure de branques désespérants.
Un a un, nous avons été appelés au dehors pour recevoir nos enseignements. Briss fut le premier, appelé par un troll portant une hache en pierre qu’il lui a lancé. Depuis l’intérieur, tout ce qu’on a entendu peu de temps après est la voix du troll criant à Briss « esquive la caillasse ! », suivit de bruit de gros moellons de façade rebondissant sur le sol. Toute la délicatesse du monde.
Une naine accompagnée d’un chat à tête d’aigle est venue chercher Moska pour ce qu’on a compris être un cours sur la compréhension et direction des animaux. Il y a fort à parier que Zwet fera partie de la formation. Un cours de pilotage qui promet.
Pour ma part, c’est Ber’egk Fil De Plomb, un nain élémentaliste de la terre, qui est venu me trouver pour me donner de nouveaux enseignements. Je n’aurais pas du être surprise par le livre qu’il m’a donné, dont l’aspect répugnant – une couverture rappelant un mélange de vomi et de sang, avec des pages couvertes de sels de transpiration – faisait ton sur ton avec sa propre apparence qui aurait mieux sied à un mendiant qu’à un grand élémentaliste. Mais peut-être était-ce simplement un choix de type survie, vu la ville dans laquelle nous nous trouvions. Moins on attire l’œil, moins on aura tendance à se faire des « amis » dans les ruelles.
Ber’egk m’a dit que le livre était en réalité un guide des rues, et que je devais aller à l’écart, afin de le lire très attentivement pour apprendre par exemple à allumer des torches et à les faire tomber sur les gens. Ça avait l'air marrant. Je suis donc partie du bureau laissant Balthazar et Lak’ko en compagnie du maître des lieux.
Plus tard dans la soirée, j’ai appris que Lak’ko demandait notre présence auprès du maître Aeral.
Je me demande ce que Balthazar et elle ont bien pu avoir comme épreuves à passer…
Après une demi-journée d’entrainement (il y en eut 10 au total), nous avons tous été invités à la table d’Aeral par un message disant « j’ai une importante nouvelle à vous communiquer ».
Nous sommes tous retournés à la baraque où nous logions pour les dix journées de cet entrainement. Il s’agissait d’une baraque comme les autres. La décoration du rez-de-chaussée semblait banale voire piètre. J’ignore ce qu’il en était des étages, car j’avais la sensation que pour pouvoir évaluer l’état des lieux, il aurait encore fallu oser y monter, sans la garantie d’en redescendre dans le même état. Dans les caves se trouvaient un atrium. Par-delà, la demeure devenait un peu plus classe. Nos chambres s’y trouvaient. On nous avait dit que tout ce qu’on laissait à l’intérieur des chambres ne serait pas volé.
Zwet avait été laissé vers l’extérieur de la ville, dans les écuries, car il n’aurait pas pu passer les portes, ni même se déplacer dans les rues de la ville.
Quand nous sommes arrivés au lieu de rendez-vous, dans une grande pièce nue dont la décoration se limitait à un coffre et une grande table sur laquelle se trouvaient trois pains, des salaisons, des fromages, deux ou trois fruits et une carafe de vin coupé. Aeral était vêtu d’une tunique simple et était assis à la table, Lak’ko à sa gauche. L’ambiance paraissait sombre. Nous étions tous rassemblés sauf un. Briss demanda où était Balthazar. Lak’ko répondit simplement qu’il avait faillit à son art de voleur. Avait-il été touché par une Horreur ? Avant que la conversation puisse continuer, Aeral plaça une bougie spéciale au milieu de la table et nous annonça qu’on ne pouvait dorénavant plus mentir.
Lak’ko nous donna donc plus de détail. Aeral l’avait questionné quant au vol survenu dans l’auberge du Griffon. Elle avait fait part de ses soupçons concernant Balthazar. Aeral a donc appliqué la sentence à l’encontre de tout voleur s’étant fait prendre ou soupçonner : il l’avait égorgé. Ce n’est que juste après que Lak’ko avait fait part de ses doutes, mais trop tard.
En réaction, Briss saisit la tête de Lak’ko, et lui éclata sur la table. Nous étions depuis un moment habitués à ses manières un peu rustres, donc sans s’inquiéter plus qu’il n’en fallait, Moska s’est déplacé pour se mettre derrière Briss, quant à moi, j’ai commencé à préparer mon matériel de soin pour Lak’ko quand sa « discussion » avec Briss tout serait terminée.
Pendant que la lutte continuait entre Lak’ko et Briss, Aeral fit signe à Moska de ne pas intervenir.
A ce moment, un ork – un des gardes de la ville – entra dans la pièce et jeta au sol un paquet d’à peu près un mètre quatre-vingt, saucissonné avec une vingtaine de mètres de corde avec des traces de sangs par endroits. Tout ce que l’ork dit fut « ça vous suivait ». Sa phrase fut presque entièrement couverte par le hurlement de Moska qui hurlait « Stooooooooop » à Briss, en train d’expliquer son point de vue à Lak’ko à coups de lame de crystal dans la nuque. Les mots ne l’atteignant pas, j’ai pris la première chose qui me tomba sous la main – une coupe de vin entrecoupée d’eau – et je la jetai à la tête de Briss, espérant que la fraicheur du liquide le calmerait un peu. Rien n’en fut. Il n’y avait pas moyen de lui faire comprendre qu’il vaudrait mieux qu’il attende, qu’on discute avec Lak’ko pour avoir plus de détails, avant d’éventuellement reprendre sa « discussion » avec elle. Tandis que Aeral se marrait, Moska tenta d’empoigner Briss pour arrêter son geste, mais trop tard.
C’est voyant la tête de Lak’ko se détacher du reste du corps à coups de lame de cristal, que j’ai compris que c’était bien au-delà de mes connaissances de médecine.
Au revoir Lak’ko.
La tête de Lak’ko alla s’écraser sur le sol à côté du « saucisson » qui sur le coup se réveilla et commença à essayer de bouger. Aeral conclut par un « on va pouvoir manger, maintenant ! ». Il avait l’air soulagé de ne plus avoir une espionne Ishkarat à sa table, mais il nous déconseilla de la fouiller. Certains durent laisser tomber leurs vieux réflexes.
On remarqua alors que le « saucisson » essayait de ronger et de griffer ses cordes. Un coup de griffe plus tard, la corde se rompit et il tenta de s’en extraire. Par précaution sans doute, Moska prépara sa masse dans le but de l’assommer. Par précaution, je préparai mon matériel de soin. Briss avertit le saucisson qu’il devait arrêter de bouger, ou Moska lui dégommerait la gueule. Le saucisson s’immobilisa ; mais comme Moska – qui avait déjà armé son geste – comptait sur le mouvement, il tapa sur la cible fixe à un autre endroit que prévu, touchant le bras. Un peu de sang apparut. Briss coupa le reste de corde délicatement. La créature qui en sorti était un homme de grande taille, à la peau sombre, les cheveux noirs longs et frisés, vêtu de vêtements simples. Il portait deux gros tatouages tribaux – dont un ours - sur le corps et quatre grandes traces de griffes sur le torse.
Briss alla au plus direct en lui disant : « Salut. Qui ? »
L’homme saucisson répondit qu’il s’appelait Bosco Braccus, et qu’il chassait Lak’ko depuis des semaines pour… la goûter. Il nous dit qu’il était un chasseur, et que Lak’ko était sa proie. Il avait l’air un peu décontenancé qu’elle ait été tuée par quelqu’un d’autre, mais il voulait quand même découper un morceau de sa queue pour manger de cette «étrange viande ». D’ailleurs, il devait avoir faim, parce que lorsque Moska se présenta à lui, Bosco le mordit sans autre forme de procès. On m’expliqua que c’était une marque de respect, mais je crus bon de lui préciser quand il se présenta à moi que s’il s’avisait d’essayer de me mordre, je le mordrais en retour, à ma hauteur. Bosco entama directement la conversation avec Briss concernant Lak’ko, puis avec Moska concernant la manticore dont il voyait un des attributs orner l’arme qu’il tenait dans son dos. Apparemment, la chasse est en première position d’importance et de respect chez lui. Il nous expliqua que sa famille s’était faite bouffer par des cannibales. Moska ne parut pas très surpris : dans la tribu de Bosco, Cathan, les petits étaient souvent victimes des cannibales, parce que « c’est leur faute, ils ne courent pas assez vite ».
Bosco dit aussi qu’il savait piloter un bateau, mais son discours a semblé assez décousu au pilote du groupe, Briss. Bosco réitéra sa demande de pouvoir manger les restes de Lak’ko, mais Aeral refusa, expliquant qu’il fallait rendre son corps en bon état à sa famille. Bosco avait l’air d’avoir du mal à comprendre l’utilité. Peut-être en vint il à la conclusion que le « repas » était réservé au membre de la dite famille ? Aeral me dit de trier les affaires de Lak’ko, tandis qu’on expliquait à Bosco qu’il ne pouvait pas manger Lak’ko : ce n’était pas un animal, c’était un donneur de nom.
Bosco nous annonça qu’il voulait faire équipe avec nous, parce qu’on avait l’air « d’attirer des machins qu’il voulait chasser », et que du coup, c’était moins fatiguant que de leur courir après tout le temps. C’est super valorisant d’être considéré comme appât.
Aeral nous réexpliqua plus en détail le problème qu’il y avait eu entre Lak’ko et Balthazar. Aeral nous dit également que Balthazar était innocent car Lak’ko l’avait reconnu juste après. Briss conclut avec un grand sourire :
« problème réglé ! »
Pendant ce temps, Moska et Bosco discutaient en ork en montrant de temps à autre Lak’ko. Il m’est avis que ça devait encore causer de bouffe. Briss et Moska allèrent également parler à l’écart, en regardant régulièrement Bosco. De mon côté, j’essayai de faire comprendre à Bosco qu’il se pouvait qu’on ait besoin de temps à autre de causer avec un animal, donc que ça serait bien qu’il n’essaye pas systématiquement de les tuer pour les manger ; surtout en plein milieu d’une « conversation ». Bosco avait l’air surpris qu’on puisse vouloir causer avec des animaux.
Les dix jours d’entrainement sont finalement passés. Prudence oblige, pas une fois, nous n’avons parlé de la mission à Bosco. Les affaire de Lak’ko ont été envoyées à sa famille Ishkarat. Je me renseignai auprès d’Aeral quant au devenir de Balthazar ; n’avait-il pas un maître ou une famille qui a récupéré ses affaires ? J'aurais voulu pouvoir consulter son journal pour rassembler tous les renseignements utiles à notre mission. Aeral nous dit que la maitresse de Balthazar était à Urupa, mais il ne nous dit pas son nom. Si Balthazar qui nous connaissait quatre semaines avant qu’on parte, avait choisi de ne pas nous le dire, il ne voit pas pourquoi lui-même révélerait son nom.
A la fin de l’entrainement, nous fûmes convoqués chez Aeral. Surtout Briss. A la demande de Leguldur Elenassi, quelqu’un avait été envoyé pour nous demander des comptes. C’est là que nous rencontrâmes messire Amras Ombre-Lune Sylandel, un elfe aux cheveux noirs, à l’air dépressif, grand (1m80) et mince. « Spé comme une chips », fut un adjectif lancé à son sujet. Amras se mit au service de Briss pour aider dans les recherches peu fructueuses. Nous remarquâmes qu’il avait également, perché sur son épaule, une créature d’une quinzaine de centimètres de haut, pourvue d’ailes, qui brillait d’une couleur verte, et qui était là pour aider Amras, mais refusait cependant de nettoyer. Amras nous expliqua qu’il s’agissait d’un feu follet, et rapidement, on fit comprendre à Bosco que ça ne se mangeait pas. Non.
Comme nous tous, Amras était là pour payer la dette de quelqu’un d’autre. Concept qui passa largement au-dessus de la tête de Bosco.
Une fois de plus, pour le repas du soir, Aeral refusa de nous servir de la bière. Vivement qu’on parte de cet endroit !
Moska demanda à Amras ce qu’il était, et comment il pouvait être utile au groupe. Amras essaya de nous expliquer par l’exemple, parlant d’un arbre qui est là, puis qui disparaît. Bosco arriva à la conclusion qu’Amras était bucheron jardinier. On comprit un peu plus tard qu’Amras était un magicien illusionniste.
Aeral décida de nous laisser un moment en privé pour décider de la marche à suivre. Quand il sortit de la pièce, la porte et les fenêtres disparurent. Nous étions dans un cube. La table et son contenu changèrent drastiquement d’apparence. On avait désormais des assiettes dignes de ce nom et, Ô miracle, de la bière, enfin ! Il y avait deux grandes chopines de bière, Bosco en prit une, je me hâtai de saisir l’autre. Non mais !
Amras nous expliqua qu’il était capable de faire parler les gens grâce à ses pouvoirs, sans devoir donner une seule baffe, et que ça pourrait nous aider dans notre enquête. Briss n’avait pas l’air convaincu. Pour lui, quand il tape des gens, ils finissent toujours par lui dire ce qu’il veut. Amras tenta de lui faire comprendre que ça ne voulait pas nécessairement dire qu’ils lui disaient la vérité. Briss n’a pas eu l’air d’y voir réellement un problème. Amras nous expliqua aussi qu’il venait de Jerris, et cherchait à découvrir qui avait tué ses parents. Je me suis souvenue de cet endroit, à la limite des terres de la désolation. De ce que j'avais entendu, il y régnait une brume qui rendait les gens moroses et chiants. De temps à autre, il pouvait leur arriver d’avoir un sursaut d’émotions, mais ça retombait vite. L’effet de morosité avait tendance à s’estomper au bout d’un moment quand les habitants s’éloignaient de la brume. A l’inverse des elfes du bois de sang qui se languissent de leur bois quand ils étaient loin de chez eux, eux reprenaient goût à la vie quand ils étaient loin de chez eux.
Amras nous dit qu’il était très content d’être avec nous. Je pense qu’il va falloir qu’on s’habitue à déchiffrer entre « fait la gueule » et « fait très fort la gueule » pour deviner quand il est réellement content. En attendant, Bosco n’avait pas l’air très à l’aise entre tous ces murs.
On a discuté de l’équipe qu’on recherchait, et surtout de l’importance de savoir pourquoi ils avaient décidé à partir d’ici de partir vers le Nord au lieu d’aller vers le Sud. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il fallait questionner des gens de Kratas.
Soudainement, on entendit frapper au mur. Au « oui ? », la porte et les fenêtres réapparurent, et Aeral entra à nouveau dans la pièce. Nous discutâmes avec lui de l’équipe de Thademrok, mais il refusa de nous donner des informations à cause du problème de la mort de Balthazar. Selon lui, le groupe entier était responsable, mais il n’y avait pas de pacte de sang qui nous liait. En gros, c’était du chacun pour soi, ce qui pouvait poser problème pour la réussite de la mission, surtout si on continuait à se méfier ou à se tirer dans les pattes comme il avait pu le constater avec Lak’ko et Balthazar.
Il fut décidé de faire un pacte de sang, une trame de groupe. Si l’un des membres du groupe faisait volontairement du mal à un autre, il recevrait une marque qui durerait longtemps. A l’air inquiet de Briss, il fut expliqué que des claques LÉGÈRES, ça irait. Mais avec des armes, non.
Pour pouvoir faire une trame de groupe, il fallait trouver un nom représentant le groupe par rapport à son passé, son présent, et son avenir ; ensuite il fallait prêter un serment, et avoir un objet qui représentait le groupe, ainsi qu’un objet personnel représentant qui ont était au sein du groupe.
Après une très longue discussion, il fut décidé que le groupe s’appellerait « La Compagnie des Manticores ». Le symbole serait un blason représentant une Manticore qui serait visible sur un tabard de couleur différente pour chacun. Pour les objets personnels nous représentant au sein du groupe, Moska choisit sa masse équipée de la boule à picots de la manticore. J’offris à Bosco une des griffes de la manticore dont je disposais, et qu’il se plaça en boucle d’oreille. Amras se fit une écharpe en soie avec une manticore brodée dessus. Briss choisit de se faire une cape avec une tête de lion. Quant à moi, avec du matériel qui me fut amené, je me confectionnai un collier avec cinq griffes de manticore en médaillon, une pour l’élément principal que je choisirais dans le futur, et les quatre autres pour les éléments secondaires. Il fut bon de préciser à Bosco que les tabards, quand c’est sale, ça se lave quand même !
Quand tous les objets furent prêts, je présidai le rituel de trame de groupe.
